Baptiste Beaulieu a reçu une patiente en situation de surpoids dans son cabinet. Plutôt qu'un régime, il lui a conseillé... de s'aimer.

L'important c'est vous et comment vous vous sentez
L'important c'est vous et comment vous vous sentez © Getty / Hiroshi Higuchi

"Aujourd'hui, j'ai rendez-vous pour une consultation multidisciplinaire de nutrition. Je me suis réveillée la boule au ventre... J'ai rendez-vous et j'ai peur...

Pourquoi avoir peur ? Je vous entends déjà toutes et tous : « c'est pour ton bien, il faut que tu perdes du poids »...

Pourquoi avoir peur, alors ? Pour tout ça, pour vos remarques sur ce que je dois, ce que je devrais, ce que j'aurais dû faire... Prendre soin de moi ? Me prendre en main ? Je le fais tous les jours... Je prépare mes repas de la semaine le dimanche, pour être sûre d'avoir quelque chose de prêt quand je rentre le soir, pour ne pas manger n'importe quoi à cause du stress de la journée, j'équilibre ce que je mange (5 fruits et légumes par jour). Je fais entre trois et cinq heures de sport par semaine... Et j'essaie de me déplacer un maximum à pieds... (vous voyez, ça commence, déjà, je me justifie parce que je culpabilise d'être grosse...).

Ma peur ? Avant tout celle d'être encore jugée, et de n'être toujours pas comprise... Comment voulez vous que j'ai confiance et que je m'aime, quand tout me dit que je suis coupable ?...

Alors quand le diététicien vient s’asseoir de l’autre côté du bureau, pas lui derrière et moi devant, non à côté de moi - ça change déjà tellement de choses- et qu’il dit :

« Bon, Marion, passons un contrat tous les deux : on ne parle pas de chiffre, je ne sais pas quel est votre poids et d'ailleurs je m'en fous. L'important, c'est vous, et comment vous vous sentez, mon boulot, c'est de vous remettre au centre. Que préféreriez-vous, peser 90 kg et être en bonne santé, ou en peser 70 et être malade et fatiguée ?... Moi, par exemple, si je regarde les chiffres, je suis obèse. Et pourtant, je me sens bien. Vous me trouvez obèse ?... Non ! Alors ne regardons pas ce que disent les chiffres, l'important est ce que vous ressentez vous. »

J'ai failli me mettre à pleurer. On ne m'avait jamais parlé comme ça. On ne m'avait jamais regardé comme ça. Je me suis vue dans ses yeux, comme une femme, presque jolie, comme un être humain. Et il a raison, il avait gagné rien qu'avec cela. Il m'a redonné confiance, il m'a redonné envie, et je suis ressortie avec une motivation de dingue. Et je crois que ce qui m'a fait aussi du bien, c'est qu'il me dise : « Vous avez le droit de craquer, de manger ce que vous aimez, vous avez le droit de ne pas culpabiliser dès que vous commettez un petit écart. Écoutez-vous, soyez bienveillante avec vous-même, ça sera le début de la perte de poids »...

Bilan de cette journée : je me suis regardée, entièrement nue dans le miroir en rentrant, et je me suis trouvée belle. Un nouvel éclat illuminait mes yeux, un sourire immense étirait mes lèvres. Je me suis sourie, et je me suis aimée, j'ai aimé ce reflet pour la première fois depuis longtemps. Et j'ai les clés pour avancer, sans jugement et sans culpabilisation..."

Merci Marion pour votre témoignage et si je le lis à l’antenne, c’est d’abord parce que France Inter est votre radio, et ensuite parce que des soignants nous écoutent sûrement (petite pensée pour les infirmières libérales dans leurs voitures en ce moment même) et je veux croire aux cercles vertueux.

Les soignants comme moi ne sont pas formés à écouter et parler aux patients comme vous. Alors quand quelque chose marche, si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à m’écrire et je relaierais le message, celui de nos rencontres entre soignants et soignés.

Dans l’idéal, ça ne devrait pas être le cas, mais on ne vit pas dans l’idéal, et la vie étant notre seul enseignement, ici, vous les patients, vous êtes et restez nos meilleurs professeurs.

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