Notre système de santé est-il hétéronormatif ?

La médecine est hétéronormée, elle ne s'intéresse pas assez aux couples bi, gays, trans... avec les conséquences que cela peut avoir sur la santé
La médecine est hétéronormée, elle ne s'intéresse pas assez aux couples bi, gays, trans... avec les conséquences que cela peut avoir sur la santé © Getty / Malte Mueller

L’autre jour, une jeune fille de 17 ans entre au cabinet médical et me demande :

Bonjour, je voudrais savoir si le vaccin contre le papillomavirus est recommandé pour les jeunes lesbiennes ? 

Que dire ? Je ne sais pas. J’en suis resté à l’idée très très floue que le papillomavirus -qui est responsable entre autre du cancer du col de l’utérus- s’attraperait essentiellement en passant des muqueuses masculines vers les muqueuses féminines.

Alors oui, j’ai eu de formidables professeurs de médecine, des hommes et des femmes extraordinaires, mais le cas particulier des lesbiennes, on ne me l’a pas appris à la fac.

Les études françaises sur le sujet sont inexistantes (presque autant que les lesbiennes invitées sur les plateaux TV pour causer de la PMA en ce moment, soit dit en passant).

Les seules études que j’ai pu trouver sont américaines et elles sont assez rares.

Rendons-nous compte : les personnes trans, bi, lesbiennes, gays, représentent 4 à 7% de la population et pourtant elles restent l’angle mort de nos facultés de médecine. Ce ne serait qu’une discrimination de plus si, en l’occurrence, l’angle mort n’était pas... mortel.

Parce qu’on ne nous l’enseigne pas, parce que la santé des minorités sexuelles comme les lesbiennes n’intéresse personne, parce que la médecine est excessivement normative, parce que nous avons peur de dire à nos patientes « je ne sais pas madame on ne me l’a pas appris », parce que TOUT ÇA, les femmes lesbiennes sont en moyenne 4 fois moins vaccinées contre le Papillomavirus que les femmes hétérosexuelles. 

QUATRE. FOIS. MOINS.

Aux USA, on estime que 35% des femmes lesbiennes ne se sont jamais vues proposer de frottis de dépistage parce que nous, les médecins, croyons qu’elles en ont moins besoin que les femmes hétérosexuelles. Ce qui est faux, ARCHI FAUX !

N’imaginons pas que l’homophobie, ou la lesbophobie, ou la transphobie se cantonnent à de pauvres types bas du front dans la rue qui violentent des personnes transgenres à la sortie du métro Place de la République en criant « à mort les gouines et les Pd ».

Le cancer du col de l'utérus est le deuxième cancer féminin dans le monde (274 000 décès en 2002).

Combien de femmes lesbiennes mortes doucement, sans bruit, sans même savoir que la raison précise pour laquelle elles sont passées sous les radars diagnostics est que notre système de santé est hétéronormatif ? Combien ?

Les hétérosexuels peuvent accéder très facilement à l’information concernant les modes de contamination des IST (au lycée. Sur Internet. En lisant des affiches de prévention dans la rue. Partout).

Une amie bisexuelle me confiait récemment qu’aucun médecin ne lui avait jamais dit quelles précautions prendre avec une femme. Pour les hommes, ça, elle savait tout. Mais les filles ? Bah, non. Deux femmes ensemble ? Dans l’imaginaire collectif, au pire, elles se bisouillent. Le sexe oral, la pénétration ? Ça n’existe pas.

Vivre dans une société hétéronormative n’est pas sans conséquence. Nos constructions sociales, le sens de nos priorités, les stéréotypes autour de ces communautés, tout cela a un impact concret. Disons-le. Écrivons-le. Aussi souvent que nécessaire.

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