En parlant de stress chronique et de stress aigu, Baptiste Beaulieu se rappelle comment, l'autre jour, au cabinet médical, il en est venu à parler d'un sujet très banal et absolument pas médical avec un patient : les enjeux du stress chronique sur les enfants.

Les enjeux du stress chronique chez les enfants
Les enjeux du stress chronique chez les enfants © Getty / AleksandarNakic

J'explique à ce patient ne pas avoir d'enfants, mais que c'est un projet que je me pose, avec mille et une question, parce que je suis quelqu'un de très angoissé. Par exemple, je ne peux pas voir ma nièce jouer sur sa chaise sans avoir le ventre qui se tord à l'idée qu'elle tombe. 

Chaque fois que j'écoute l'excellent Fabrice Drouelle dans l'émission Affaire sensible sur France Inter nous parler d'un fait divers, je me dis qu'il me sera impossible de vivre sereinement avec mon enfant, à moins de le pucer, de lui coller un marqueur GPS sous la peau, d'engager un garde du corps personnel…

J'imagine qu'on ne peut pas les protéger de tout, et qu'on n'a pas le droit, en France, d'enfermer nos enfants dans une sorte de grande boule à furet, où ils seraient à l'abri de ce monde pendant minimum 18 ans. 

On peut… mais non bien sûr, je dis ça pour plaisanter… 

Bref, ce jour-là, mon patient m'écoute, avec le sourire. Je lui dis que j'ai peur que mes futurs enfants sentent que j'ai peur pour eux, pour tout et pour n'importe quoi. bref, j'ai peur au carré. 

On a papoté de longues minutes du sujet, puis il est parti. Quelques semaines passent. J'oublie notre discussion, il revient cette semaine. Je l'examine, je rédige une ordonnance et, au moment où il se lève pour quitter mon bureau, il s'arrête une seconde, me disant : Tiens, tant que j'y suis docteur, avant, j'étais avec ma petite fille de 6 ans et j'ai repensé à notre discussion de la dernière fois sur "comment ne pas transmettre nos angoisses à nos enfants ?" 

Il faut que vous sachiez que j'ai la phobie des insectes : dès que ça vole et que ça fait du bruit, j'ai les poils qui se hérissent, la sueur qui coule dans le dos. J'étais avec elle dans le jardin, elle voulait m'aider à jardinier, quand, tout à coup, il y a ce truc énorme !

Je le jure, à cet instant-là, mon patient a beaucoup trop écarté ses mains pour qu'un seul insecte volant ait cette taille-là sur terre, même en Australie, ils ne font pas des trucs comme ça. 

Vous voyez, docteur, ma petite, me regardait. Je n'ai rien montré de ma peur. Le truc énorme s'est posé quelques instants sur mon épaule. J'ai dit à ma petite qu'il ne ferait rien et qu'il allait repartir, même si je suis à grosses gouttes. Mais ma voix n'a pas tremblé. Finalement, cette espèce de monstre volant est reparti probablement dans le trou infernal d'où il n'aurait jamais dû sortir. Bref, je voulais vous le dire avant de quitter le cabinet. 

Là, le patient se penche vers moi, et me chuchote à l'oreille comme si c'était un secret qu'il avait arraché de haute lutte : 

On peut y arriver, docteur. On peut arriver à ne pas leur transmettre nos craintes et nos angoisses. On peut y arriver

Il m'a filé une tape sur l'épaule, hyper fier de lui, et il est reparti. 

On peut y arriver ! 

Le point Covid-19 de la semaine

En ce moment, les scientifiques ont les yeux rivés sur les chiffres israéliens. Israël qui a mis en place une campagne de vaccination massive de sa population. Que se passe-t-il dans un pays où 30 % de la population a déjà reçu une dose et 15 % les deux doses vaccinales ? 

Les caisses d'assurance maladie là-bas et le docteur Eran Segal, de l'Institut Vashem, fournissent des données passionnantes au reste du monde. Les premiers résultats ont comparé deux groupes de 200 000 personnes âgées de 60 ans et plus. 

Chez les 200 000 vaccinés, on assiste à une baisse de 33 % du taux d'infection par rapport à un groupe équivalent en âge et en nombre

C'est ce qui fait qu'on ne peut pas attribuer la baisse conséquente des hospitalisations au seul reconfinement décidé début janvier en Israël. Un reconfinement judicieux puisqu'il permet à la fois de baisser drastiquement la propagation du virus tout en laissant du temps pour la vaccination et donc espérer une sortie de crise pour Israël très rapidement.

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