Hier c’était la fête des mères et j’ai écrit une lettre imaginaire relatant une situation qui, elle, hélas, n’a rien d’imaginaire.

Hommage aux mères célibataires
Hommage aux mères célibataires © Getty / Acharaporn Kamornboonyarush / EyeEm

Chère Edith,

tu es entrée avec Louis, ton fils de 6 ans. Tu as débarqué au cabinet médical au dernier moment comme d’habitude, bien après la fin des consultations.

« C’est pour faire vacciner le petit »

Moi je l’aime bien, ton Louis. Il fait le tour du bureau, se met sur mes genoux, veut que je lui explique ce qu’est un stéthoscope, un otoscope, un marteau-réflexe, etc.

J’aime moins la façon que tu as de lui parler, Edith : une façon sèche, brutale, mais j’essaie de pas juger, car t’es toute seule à l’élever, que ça doit être difficile, et que le père s’est barré en te laissant la charge d’un monde entier qui pèse 25 kg aujourd’hui, et que ce foutu père n’est pas là pour partager avec toi le poids de mes désapprobations totalement subjectives.

Je sonde un peu quand même : comment ça va à la maison ? le moral ? Le boulot ?

Je ferme un peu les yeux quand tu me demandes un jour d’arrêt maladie par-ci par-là parce que tu sais plus comment gérer le petit.

Il n’empêche, ce jour-là, Louis ne voulait pas se faire vacciner.

Et il hurlait, et il tapait des pieds, et il avait peur, et il refusait de regarder ailleurs pendant que j’approchais l’aiguille de son bras, et j’étais fatigué, et j’ai essayé d’être patient, j’ai parlé avec Louis, j’ai parlé longtemps, je lui ai mis un dessin animé sur le téléphone, mais rien, il hurlait, il avait peur, et toi tu voulais qu’on fasse le vaccin là, maintenant, tout de suite, parce que tu cours toute la semaine et que tu n’as pas le temps de revenir… Alors on a vacciné Louis, dans des conditions nullisimes pour un gosse, avec lui qui pleure et la musique joyeuse du dessin animé derrière, et je m’en veux, de pas avoir trouvé le moyen de vous dire qu’il fallait revenir, mais tu me pressais pour que je le fasse, et Louis pleurait, et j’étais épuisé de ma journée, et y a eu une sorte d’alignement désastreux des astres, dont l’origine est peut-être qu’on vit dans une société où 2 millions de femmes sont mères célibataires, où elles représentent 85 % des familles monoparentales, et où une sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Et où c’est vous, les mères célibataires, et vos enfants, vous oui, qui payez la lâcheté de certains pères.

Pardon Edith. 

Pardon Louis.

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