Baptiste Beaulieu a interrogé Anne-Catherine Lavocat, étudiante en anthropologie, qui a été une des premières à s’intéresser à nos rêves durant le confinement en lançant un appel à témoignages sur les réseaux sociaux.

Dans les premières semaines, on a pu noter beaucoup de rêves de confusion/désorientation
Dans les premières semaines, on a pu noter beaucoup de rêves de confusion/désorientation © Getty / Klaus Vedfelt

Pourquoi s'intéresser aux rêves pendant le confinement ?

Eh bien partons du principe que les rêves sont révélateurs d’un inconscient et donc du monde qui nous entoure et de la manière dont nous traversons l’existence et ses péripéties. Ce recueil de témoignages a donc pour objectif de comprendre la manière dont le rêve va interroger notre rapport au monde dans ses multiples dimensions, et c’est plus particulièrement la dimension sociale qui nous intéresse ici, tels que nos rapports à l'Autre, à l'environnement, à la consommation, à l'autorité, à la mort, à la vie... 

Toutes les strates qui construisent notre culture et dont le confinement, le couvre-feu, le télétravail ou l’omniprésence d’une maladie ont rebattu les cartes.

J’ai demandé à madame Lavocat de quoi ont rêvé les gens et en quoi les contenus oniriques ont pu être impactés par le grands bouleversements que nous vivons depuis un an. 

Dans les premières semaines, l’étudiante m’explique qu’on a pu noter beaucoup de rêves de confusion/désorientation 

Par exemple : on rêve qu'on ne reconnaît plus sa propre maison, sa famille, ses amis, sa ville, on se retrouve dans des lieux familiers qui nous sont pourtant totalement inconnus). Ils seraient d’après elle révélateurs du "choc" initial à l'annonce du premier confinement : tous nos acquis sont à redéfinir, ce qui génère une perte de repères totale face à une situation inédite qu'on ignore comment appréhender.

Ont suivi des rêves qui manifestaient notre rapport difficile à l’état d’urgence sanitaire

Il s’est agi essentiellement de songes où l'on se retrouve enfant, et où on doit obéir à des règles considérées comme infantilisantes. Cette régression peut être révélatrice de notre perception de l'autorité, modifiée par de nouvelles lois sociales telles que la rédaction des attestations pour sortir, le respect du port du masque en public, les horaires stricts du couvre-feux, et les amendes en cas d’infraction. Toutes ces nouveautés qui n'avaient jusque là plus lieux d'être dans notre "monde d'adulte".

Les contenus oniriques de cette année difficile seraient révélateurs des modifications profondes, conscientes ou inconscientes, subies par les différentes strates sociales où nous vivons, ainsi que nos perceptions de celles-ci. Ils seraient aussi le marqueur d’une redéfinition de nos priorités et de nos aspirations.

Peut-être, espérons-le, un des facteurs du changement pour penser le monde d’après (même je manque un peu d’optimisme : les débuts du monde d’après ressemblent furieusement à la fin du monde d’avant !).

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