Quand le corps ou le mental lui fait défaut, le malade n’est pas une exception contre la multitude des gens qui iraient bien ! La norme, c'est justement d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir.

Un peu d'amour ce matin dans la chronique de Baptiste Beaulieu
Un peu d'amour ce matin dans la chronique de Baptiste Beaulieu © Getty / Maria Maglionico / EyeEm

Avant de faire médecine, j’avais les mêmes tabous que beaucoup par rapport au corps, ses sécrétions (crachats, vomissements, selles, urines, etc) et aussi le tabou de certaines maladies, comme si, le corps et l’expérience du corps, donc de la maladie, n’étaient pas les choses les plus partagées au monde.

Il n’y a pas "moi, malade de ceci et cela" d’un côté, et "les autres, sains de corps et d’esprit". Ça n’existe pas, ça. Jamais.

Non. La normalité, c’est JUSTEMENT d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir. 

Je veux dire : tout le monde a mal quelque part, a un problème de peau, de ventre, ou ailleurs, a peur de ceci ou cela. 

Quand vous prenez le métro, derrière cette apparence de normalité que nous affichons tous, il y a ce qu’on ne dit pas, ce qu’on tait et garde pour nous

Telle fille à votre droite a de l’eczéma. Tel garçon ne s’en sort plus avec ses pellicules. Telle vieille dame a des troubles cognitifs, tel jeune homme à des difficultés à maintenir une érection, telle jeune fille se fait vomir parce que la société lui a toujours renvoyé une image négative de son corps.

Regardons-nous dans le miroir. Aimons la personne qui s’y trouve. Soyons indulgent avec elle et ses petits soucis. Pardonnons-lui ses erreurs, ses petits ratés. Et rappelons-lui que quand son corps ou son mental lui fait défaut, elle n’est pas une exception contre la multitude des gens qui iraient bien, non, non, elle est comme la multitude qui se cache derrière une apparence de normalité. 

Ce qui est normal dans la vie, ce sont les hématomes. 

Pas l’absence d’hématomes. 

Alors cessons de mentir et cassons un peu tout ça. 

Tenez, par exemple, moi, depuis mon installation en tant que jeune médecin généraliste, j’ai pris dix kilogrammes. Même si je me suis remis au sport et que j’ai discipliné mon alimentation, je sais que j’ai ça au fond de moi : je mange mes émotions.

Voilà ça fait du bien de le dire ! Et je sais que beaucoup de personnes font comme moi et seront contentes de l’entendre. Elles ne sont pas seules. 

D’ailleurs on n’est jamais seul et c’est là qu’est le drame : on n’est jamais seul, mais on ne se le dit pas entre nous, alors on y croit, à cette solitude, et on en souffre chacun dans notre coin. 

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