Alors voilà comme vous le savez juin est le mois des fiertés LGBT et en tant que médecin je suis souvent amené à recevoir des adolescents gays, lesbiennes ou transgenres.

Je voudrais donc parler de ce qu’est, pour moi, en tant que soignant, la marche des fiertés.

Vous savez, une ville, c'est d'abord des rues. Dans ces rues, des gens marchent. Parfois, ils manifestent. Ils ont des banderoles avec ces slogans :

- "Un papa, des roustons, une maman, des nichons"

Ou, nettement moins poétique :

- "La france a besoin d'enfants, pas d'homosexuels".

Ah, les enfants... Dans nos villes, les rues sont bordées d'immeubles. Derrière les vitres, il y a parfois des adolescentes et des adolescents. C'est compliqué un adolescent. Tout en creux, en plaies et en bosses. Souvent mal dans sa peau et fragile. Une vraie éponge. Avec des désirs compliqués, parfois jugés honteux. Et des pulsions, aussi, parfois morbides (si, si je vous assure on en reçoit plein aux Urgences. Je me souviens d’avoir une nuit consolé un gamin qui voulait mourir parce qu'il aimait les garçons : "il y avait une dame de la manif, elle disait au journaliste de la télé que j'étais pédophile").

Alors pourquoi la marche des fiertés est-elle importante?

Une fois par an, les enfants de nos villes peuvent regarder derrière leurs fenêtres et voir des personnes LGBT qui défilent et qui ont l'air heureux.

La marche des fiertés est importante pour nos ados. Elle est là pour leurs adresser des messages différents de "La France a besoin d'enfants, pas d'homosexuels"

Ces messages, portés par cette foule différente, disent ceci: "N'aie pas peur. Qui que tu sois, n'aie pas peur. Tu n'es pas tout seul. Ce que tu es et qui tu aimes n'est pas grave. Seule la mort est grave, petit »

Un adolescent se découvrant homosexuel ou trans a huit fois plus de risque de passage à l'acte suicidaire qu'un autre adolescent. 

C'est la deuxième cause de mortalité à cet âge là.

La deuxième cause de familles brisées. Près d'une tentative de suicide sur deux est liée à la non acceptation de son orientation sexuelle/identité de genre. En France, un adolescent se suicide toutes les 48 à 72 heures à cause de son orientation sexuelle !

Les adolescents mal dans leurs peaux se moquent de savoir ce qu'il en est du mariage, de l'adoption, de la PMA ou de la GPA. Mais ils voient, ils entendent, ils interprètent.

Vous croyez que nous les avons aidés ces dernières années ? À s'accepter ? À éprouver de l'estime pour ce qu'ils sont ? À s'épanouir ? À être heureux ? 

Sur les réseaux sociaux ou les plateaux TV, des choses terribles sont dites tous les jours sur l’homosexualité. Il y a ces étudiants de l’Universite Catholique de Vendée qui vandalisent des stands d’associations en hurlant « Homofolie ça suffit », il y a ces photos de personnes LGBT frappées, comme ce couple de femmes ensanglantées dans le métro de Londres la semaine dernière... Vous savez quoi ? Ces images sont vues. Ces paroles sont entendues. Par nos enfants.

La marche des fiertés est importante. J'irai défiler. Pas parce que je suis hétérosexuel, homosexuel, lesbienne, trans ou bisexuel. J'irai défiler car je suis médecin et que je n’oublierai jamais le gamin qui a pleuré toute une nuit dans mes bras. J’irai défiler pour nos ados. Ceux qui sont derrière leurs fenêtres et veulent mourir. Pour leur dire de ne pas avoir peur, ils ne sont pas seuls. Pour leur dire que ce n'est pas grave d'aimer, que seule la mort est grave et que, pour eux comme pour les autres, le bonheur est une chose possible.

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