Une étude réalisée à l’université de Floride en 2013 démontre que pratiquer la culpabilisation n’est pas efficace et entretient a contrario des comportements alimentaires personnels néfastes.

En matière d'alimentation, culpabiliser la personne ne sert à rien
En matière d'alimentation, culpabiliser la personne ne sert à rien © Getty / Vstock

Alors voilà, l’année dernière je reçois une patiente en surpoids et n’arrivant pas à prendre sa tension artérielle avec un brassard standard, j’attrape un brassard grande taille. La patiente se met à pleurer et je m’aperçois qu’il y a écrit « OBÈSE » sur le brassard. En grand. En blanc. Très visible.

Alors, bien entendu que “obèse” est un terme médical. Pourtant, une langue est vivante et “vit” aussi à travers des glissements de sens. On imagine mal, en 2019, prescrire des vitamines pour un patient “débile”, ou un traitement pour un “crétin”… et pourtant ces mots ont aussi été des termes médicaux à leur époque. 

Ce jour-là, j’interpelle la marque de production du brassard sur les réseaux sociaux. La marque réagit en expliquant qu’ils changent immédiatement  leur chaîne de production et inscriront « XXL » au lieu de ce terme stigmatisant.

Des soignants m’apostrophent aussitôt : 

Ah mais il ne faut pas cacher aux gens gros qu’ils sont gros, après tout c’est pas bon pour leur santé.

Alors alors alors... que répondre à ça ?

Que ma patiente n’a pas besoin qu’un brassard lui exprime ENCORE ce que TOUTE la société lui matraque DÉJÀ depuis l’enfance ?

Des crachats en maternelle au type qui la montre du doigt dans la rue à ses potes en se marrant. Arrêtons de penser que les personnes en situation de surpoids ont besoin de nous pour leur rappeler leur poids. Elles le savent. Le monde entier leur dit H24. 

Alors il ne s’agit pas de cacher à un patient son état. Il s’agit de ne pas l’humilier. 

Or, ne pas accabler un autre être humain au seul motif que ce n’est pas respectueux parait insuffisant à certains… 

Il convient donc de nous pencher sur… les données scientifiques.

Eh bien, ATTENTION RÉVÉLATIONS :

Une étude réalisée à l’université de Floride en 2013 démontre que pratiquer la culpabilisation n’est pas efficace et entretient a contrario des comportements alimentaires personnels néfastes.

En bref, entretenir une personne grosse au sujet de son poids alors qu’elle vous consulte pour une angine favorise des ruptures de soins chez ces patients. 

Vous pourrez trouver le lien sur le site de France Inter. 

Je crois, à titre personnel, que la question nous incombe, à nous soignants, de savoir si nous souhaitons être des alliés de ces patients ou nous inscrire dans la longue lignée de soignants culpabilisateurs auxquels ces patients sont confrontés depuis l’enfance ?

Quand on sait que cette culpabilisation est inefficiente (et même néfaste) continuer de la pratiquer n’a aucun sens ! Tout simplement parce que nous sommes des scientifiques, et non les papas ou les mamans de patients. Laissons les gens nous parler de leur poids quand ils le veulent, s’ils le veulent. 

Lien vers l’étude 

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