Arrêter de fumer, se confier à son médecin, parler des émotions qui nous traversent… Tout cela nécessite d’avoir, avec son médecin, une relation de confiance.

Rétablir la symétrie entre soignant et soigné
Rétablir la symétrie entre soignant et soigné © Getty / Morsa Images

Or, la position du médecin n’est pas une position neutre. Elle est située. J’entends par là qu’il existe une asymétrie entre soignants et soignés. 

Exemple : à l’hôpital vous êtes patient vous êtes nu sous une blouse, vous êtes allongé quand les soignants sont debout (c’est bête mais cette position naturelle - puisqu’on est malade - n’en n’induit pas moins un signifiant très fort). Aussi les soignants défilent à plusieurs dans votre chambre quand vous êtes seul, et ils connaissent votre dossier quand vous vous ne savez rien d’eux. 

En vrai, cette asymétrie réside aussi dans le caractère inhérent à la fonction médicale. Le patient a peur, s’inquiète, ignore ce qui se passe dans son corps. 

Le soignant est un sachant

Si je parle de cela c’est parce qu’il nous faut avoir conscience de cette asymétrie, l’enseigner aux futurs étudiants en médecine, et tenter de nous en rappeler chaque fois qu’on ouvre la porte à un patient. Cela signifie aussi penser contre soi-même. Je vous donne un exemple. L’autre jour, un patient me dit qu’il a un eczéma autour de l’œil et que sa naturopathe pense qu’il a été, dans une vie antérieure, trop curieux et que c’est de là que vient sa dermatose.

Il me demande ce que j’en pense : soit je lui réponds la vérité (« elle vous a dit des bêtises non prouvées par la science et qui, en plus, font reposer sur vos épaules la culpabilité d’avoir développé cet eczéma en ayant été trop curieux et rien que pour ça on devrait la recouvrir de goudron et de plumes »). Donc soit je lui réponds la vérité, soit je demande au patient ce que lui en pense : cette explication satisfait-elle le patient ? Si oui, alors qu’est-ce qu’on s’en fiche de mon avis ? Et, surtout, au fond, finalement, mon avis est-il si important que ça ? 

Car le but, c’est que le patient aille mieux, guérisse ou à défaut de guérir qu’il vive mieux avec sa maladie, pas que j’ai raison en tant que médecin

Rétablir la symétrie entre soignant et soigné c’est aussi épouser les choix du patient, quand bien même ces choix ne cadrent pas avec notre vision de la vérité. C’est, aussi, savoir s’effacer derrière la vérité du patient, et accepter de ne pas « toujours avoir raison ». 

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