J’imagine que, comme beaucoup de gens, nos auditeurs hommes ne se sont jamais demandés si les médicaments que nous prenons habituellement au cours d’une vie, de l’enfance au très grand âge, convenaient aussi bien pour eux que pour leurs sœurs ou leurs filles ou leurs mères.

Pourquoi le corps des femmes et ses spécificités n'est pas mieux pris en compte dans les expérimentations pharmaceutiques ?
Pourquoi le corps des femmes et ses spécificités n'est pas mieux pris en compte dans les expérimentations pharmaceutiques ? © Getty / sorbetto

Beaucoup de gens ignorent que, TROP SOUVENT, les laboratoires pharmaceutiques testent leurs médicaments sur des participants, souvent masculins, et qu’ils le font sans trop se questionner sur les spécificités proprement féminines de l’action des médicaments sur le corps de celles-ci. 

Comme si hommes et femmes avaient la même physiologie, et que nos différences biologiques n’avaient aucune incidence sur l’action des médicaments dans l’organisme.

Or, à commencer par le poids, qui n’est pas le même, il existe une kyrielle de différences qui expliquent, selon une étude allemande réalisée en 2006, que les femmes présentent deux fois plus de risque d’effets secondaires que les hommes. 

Ajoutez à cela les interactions entre médicaments et hormones et on se retrouve, par exemple, avec certains médicaments contre le cholestérol qui augmentent de 71 % le risque de diabète chez les femmes ménopausées.

Certains somnifères aussi : à dose égale, la concentration dans le sang des femmes est supérieure à celle dans le sang des hommes, ce qui, après une bonne nuit de sommeil, peut favoriser les accidents de la voie publique ou des troubles de la concentration...

Pareil, certains inhibiteurs de canaux potassiques utilisés comme anti-arythmiques cardiaques ont dû être retirés car, APRÈS mise sur le marché, on s’était aperçu qu’ils entraînaient pour les femmes un risque accru d’arythmie ventriculaire. 

Et c’est bien ça le diable : on s’en aperçoit toujours à posteriori. A l’usage. 

On sacrifie la santé des femmes. On se dit « non mais ça va passer t’inquiète. Si ça va pour les hommes, ça ira bien pour les femmes ».

On raisonne par défaut. Et, ce faisant, on fait défaut aux femmes. 

Pourtant, comme le dit le médecin et romancier Martin Winckler dont le dernier ouvrage dédié à la santé des femmes « C’EST MON CORPS » aux éditions de l’Iconoclaste vient de sortir, il ne se passe pas grand chose dans la vie physiologique d’un homme. Il y a quoi ? La puberté, et la baisse de la testostérone qui génère ce qu’on appelle l’andropause. C’est à peu près tout. Alors que dans la vie physiologique des femmes... La puberté, les ovulations successives, les règles successives, la ou les grossesses, la pré-ménopause, la ménopause... Physiologiquement, il se passe beaucoup plus d’évènements dans le corps des femmes que dans le corps des hommes.

Or, comme dit Martin Winckler, qui peut le plus peut le moins.

Alors pourquoi les femmes ne sont-elles pas l’alpha et l’oméga de l’expérimentation pharmaceutique ?

Nos connaissances en pharmacologie y gagneraient et surtout surtout, la santé des femmes y gagnerait!

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