Plusieurs pays ont suspendu provisoirement la vaccination par le vaccin AstraZeneca du fait de la pression des antivax jouant sur la corrélation et la causalité. Baptiste Beaulieu rend compte des enjeux que peut susciter une trop grande défiance en matière de vaccination et de médecine.

Vaccination et esprit critique : "on manque cruellement de culture scientifique en France - Baptiste Beaulieu
Vaccination et esprit critique : "on manque cruellement de culture scientifique en France - Baptiste Beaulieu © Getty / Iryna Veklich

De la nécessité de faire preuve de nuance et de recul en médecine  

Ce biais cognitif est bien connu en science, puisqu'il est souvent responsable d'erreurs statistiques qui peuvent amener à croire, par exemple, qu'un médicament est efficace alors qu'il ne l'est pas ou, à contrario, qu'un médicament est responsable d'un effet indésirable alors que ce n'est pas le cas. 

Quelques exemples : 57 % des Français meurent à l'hôpital. Il y a corrélation entre être hospitalisé et mourir, mais est-ce à dire que les hôpitaux sont dangereux pour la santé ? Non. C'est simplement que les hôpitaux accueillent des gens malades et, donc, plus à risques de décéder. 

De quoi parle-t-on quand on parle du retrait de l'AstraZeneca ? 

On parle de 30 patients ayant présenté des pathologies thrombo-emboliques dans les jours suivant leur vaccination. 30 personnes sur 5 millions de vaccinés, soit environ 0,0006 % des patients. Peu de risques donc, si le lien est avéré, ce qui n'est, à l'heure où je vous parle, absolument pas le cas. 

L'incidence annuelle en France de maladies thrombo-emboliques est alors de 100 000, soit environ 275 chaque jour et, ce, que la personne se soit faite vacciner ou qu'elle ait fait des ricochets au bord de l'eau ou bien joué de la flûte. 

Plusieurs millions de personnes ont déjà reçu une première injection de vaccin en France comme dans d'autres pays. A-t-on vu une hausse du nombre de cas de maladie thrombo-embolique depuis le mois de février ? Non pas du tout. 

En France, nous disposons d'un système de pharmacovigilance qui est extrêmement efficace.

Et ce, d'autant plus, qu'aucune thérapeutique n'a jamais été aussi surveillée que les vaccins à l'heure actuelle. 

Est-ce que je réfute pour autant l'implication du vaccin dans l'apparition de maladies thrombo-emboliques ? 

Absolument pas. Et, attention, je vais demander l'impossible en ces temps extrêmement polarisé : 

Faire preuve de nuance.

30 cas sur 5 millions, si ces cas sont imputables à la vaccination, je le répète, nous obligent à envisager l'adoption d'un point de vue conséquentialiste : 

Les bénéfices à tirer du vaccin sont supérieurs aux risques et c'est le propre de la médecine de devoir toujours peser la balance bénéfice/risque.

On manque cruellement de culture scientifique en France

Et l'intérêt d'un média, c'est de générer du flux sur les réseaux. Et les internautes partagerons d'autant plus facilement un article que le titre est anxiogène et émotionnellement engageant. 

C'est ce qu'on a pu voir la semaine dernière sur les réseaux sociaux. 

Je voudrais finir par conseiller à toutes et tous l'excellente bande dessinée intitulée L'esprit critique d'Isabelle Bauthian et Gally, paru aux éditions Delcourt. Vous trouverez dedans tout ce dont on manque cruellement en ce moment et des moyens de garder la tête froide et de pratiquer l'art délicat du doute et de la nuance.

C'est un soignant qui est vacciné à l'AstraZeneca qui vous le dit.

L'équipe