Vous savez combien relayer certains de mes lecteurs ou certains auditeurs me tient à cœur, et sur un sujet sensible comme celui de ce matin, je n’avais pas le cœur à faire de l’humour. Je partage donc le témoignage d’une lectrice, envoyé il y a quelques semaines. C’est un instantané brut, que je n’ai pas retouché.

Témoignage d'une patiente atteinte d'une rectocolite hémorragique
Témoignage d'une patiente atteinte d'une rectocolite hémorragique © Getty / RunPhoto

"Ce matin, écrit-elle, j'avais rendez-vous au rectorat avec un médecin du travail pour demander un aménagement de poste à cause de ma rectocolite hémorragique...

J'ai fait une crise de nerfs dans ma voiture car après 45 mn de route pour arriver au RDV, j'ai tourné pendant 35 mn pour trouver une place, je tenais plus, j'en pouvais plus et forcément je me suis fait dessus. J'ai fini par me garer, en larmes, sur une voie de pompiers, je suis allée me changer dans les toilettes du hall avant de rencontrer ce médecin du travail.

L'entretien a été surréaliste, selon lui 'c'est pas grand chose, une rectocolite. C'est chiant, on peut même dire que que c'est emmerdant, mais c'est pas grave'

Quand je lui dis que je suis actuellement en arrêt pour quatre semaines à cause de la fatigue et de la maladie (plus du tout gérable au quotidien), il hausse les sourcils avec une moue du genre : "ça va, hein, tranquille la vie"... Vu l'incident qui m'était encore arrivé quelques minutes plus tôt, j'ai eu du mal à prendre sur moi.

Le médecin me conseille de reprendre la clope (vu que ma colite s'est aggravée à l'arrêt du tabac). Je lui dis que, grande fumeuse, je faisais des bronchites à répétition et que ça ne me semblait pas opportun de déplacer le problème ailleurs.

Vous savez, Docteur, je suis plutôt heureuse d'avoir arrêté depuis près d'un an maintenant. J’ai beaucoup regagné niveau souffle

Nouvelle moue de désapprobation...

Ensuite, il me dit : "Mais pourquoi vous ne vous faites pas couper un bout de côlon.... Au moins après vous seriez tranquille et ça règle le problème. 20 cm en moins d'intestin, c'est rien vu la longueur qu'on a, couik couik et c'est réglé". 

Je lui explique que je suis plutôt d'accord avec mon gastro sur le fait que la chirurgie est la dernière étape à envisager si tous les autres traitements échouent. (Je revois sa façon de faire "couik" en formant des ciseaux avec ses doigts. "Couik Couik").

Enfin, il me demande combien de fois par jour je vais à la selle. Je lui réponds 15 fois en moyenne et que c’est déjà beaucoup mieux qu’avant.

Il s’exclame "15 fois ?!?! Ah oui quand même ! Vous devez être épuisée ! Mais comment vous faites, vous ne pouvez rien faire à ce rythme-là, vous ne pouvez pas faire cours, c'est pas vivable".

Beh non je ne peux pas, c’est ce que j’essaie de vous dire depuis tout à l’heure, Docteur. J'adore mon métier, j'adore mes élèves mais je ne peux pas...

Ce médecin du rectorat, je crois qu’il ne m’a pas vraiment écoutée et surtout qu’il n’a aucune idée de ce que je vis au quotidien. 

Voilà, Baptiste. C’est ma petite histoire"...

Alors chère lectrice, ce n’est pas normal que ce médecin ne t’écoute pas. Tu a bien fait de ne pas céder ni de transiger avec l’expression de ton ressenti. Ce matin, nous on te lit, on partage ta voix, des milliers de gens t’écoutent et on ne minimise rien

Tiens bon, tu n’es pas seule, ta fatigue, ta colère, ton découragement parfois, et tes douleurs (toutes tes douleurs) sont légitimes. Tiens bon

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