Alors que la barre des 100 000 morts du Covid-19 a été franchie, d'après Santé publique France, c'est très ému que Baptiste Beaulieu adresse un coup de gueule contre les discours complotistes autour de la pandémie. Au passage, il rend hommage aux familles endeuillées qui font face à ce type de discours.

Le coup de gueule de Baptiste Beaulieu contre le complotisme autour de la pandémie de Covid-19
Le coup de gueule de Baptiste Beaulieu contre le complotisme autour de la pandémie de Covid-19 © Getty / SimonSkafar

Je voulais vraiment revenir sur tous ces discours complotistes ou relativistes autour de la pandémie. "Le Covid n'existe pas", disent-ils…  Je pense à toutes ces familles qui ont perdu leurs proches d'une maladie qui n'existe pas… 

Comment faire son deuil dans ces conditions ? 

"Tout ce foin pour une maladie, qui n'est pas plus dangereuse qu'une grippe"… disent-ils. Je pense à ces familles qui ont perdu leurs proches d'une… maladie bénigne…

Comment panser sa douleur dans ces conditions ? 

"De toute manière, ils étaient fragiles…. Ils seraient mort d'autre chose" disent-ils. Moi, je pense à ces familles qui ont perdu leurs proches trop vite, trop tôt… Comment ne pas avoir envie de tout casser ? 

"On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter", écrivait Emmanuel Kant. Le complotiste n'est pas celui qui doute. Après tout, c'est sain de douter. Mais c'est celui qui est sûr et certain d'avoir des réponses simples aux questions complexes. Parce que oui, c'est vrai, l'incertitude nous terrifie, parce que oui, aussi, ne plus avoir de contrôle sur nos vies, ne plus rien comprendre à la marche du monde nous terrifie. 

On a le droit d'utiliser le complotisme pour réparer ses sentiments d'infériorité, étancher son manque de reconnaissance, nourrir son désir de se démarquer, de briller, d'écraser les autres en agitant notre connaissance prétendue des mécanismes occultes agissant derrière les coups de dés du hasard. On a le droit de réparer ses failles narcissiques, en se targuant d'être un aigle au-dessus d'une marée de moutons et d'autruches, quels que soient nos diplômes, nos formations. Car le complotisme touche toutes les strates de la société et n'a pas de classe sociale attitrée. 

On a le droit d'essayer de réparer ses erreurs, ses manquements, son sentiment de dévalorisation personnelle, familiale ou sociétale par le complotisme grâce au complotisme. 

On a le droit de tout dire, le droit de tout écrire, mais on a aussi le devoir de penser aux personnes qui nous écoutent ou qui nous lisent car oui, on peut aussi insulter des milliers de gens, insulter leur mort et insulter leur deuil

Car oui, comment faire son deuil dans ces conditions ? Avec de tels discours qui irriguent comme cela le champ de l'expression publique, en cette période où tant de personnes se sentent légitimes à nier la douleur des autres, leur souffrance, à les relativiser. 

Et comment faire son deuil et laisser ce deuil nous faire si notre attention est fixée sur de tels discours, quand on a, plus que jamais, besoin de temps et de silence ? 

Finalement, le problème des complotistes tient en une phrase : les familles en deuil ont le droit de vivre leur chagrin, et ce, sans être parasitées par un discours qui, non seulement s'octroie le droit de déformer leur réalité personnelle, mais aussi les prive de la sérénité nécessaire à l'apprentissage de cette nouvelle vie peuplée d'absents qui leur sont si chères. 

C'est à elles que je veux penser ce matin.

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