J’avais envie de vous parler de la façon dont on juge les personnes en surpoids.

J’avais envie de dire qu’il existe un millier de raisons pour lesquelles on peut se retrouver obèse. 

Vous dire qu’une personne en situation de précarité a deux fois plus de risque de se retrouver obèse.

Or, une femme grosse a 6 fois moins de chance d’être embauchée, un homme 3 fois moins.

Cycle infernal. 

J’avais envie de vous dire qu’on ne choisit pas. Que c’est comme ça. Et quand bien même une personne ne serait ni pauvre ni sensibilisée au risque de la sédentarité et de la malbouffe, quand bien même une personne n’aurait aucune « excuse » entre guillemets, JAMAIS, à AUCUN moment ça ne justifierait de se moquer de son poids. 

J’avais prévu de vous parler de ça mais je voudrais à la place vous lire un commentaire d’une de mes lectrices, à qui je voudrais rendre hommage en lisant son texte parce que je crois que c’est le genre de texte qui peut faire bouger des lignes. Faire reculer la bêtise et les préjugés. Et qui rappelle un fait tout simple : un être humain n’est jamais nu, il a toujours une histoire sur lui.

Voilà ce commentaire :

<< Oui, je suis obèse, oui je ne marche pas assez, oui je mange entre les repas, oui, oui, oui. Mais venez vous occuper de mon mari qui est en train de mourir à la maison ! Restez près de lui pour lui permettre d’aller pisser ou lui tenir la main pendant qu’il souffre ! Ne sortez pas 5 minutes car c’est toujours à ce moment-là qu’il aura besoin de vomir sa chimio ! Remplacez l’infirmière, l’aide-soignante, le médecin, la secrétaire, l’ambulancier, l’auxiliaire de vie, la femme, la maîtresse… Levez-vous à 2 heures du matin avec le sourire pour changer son lit et faire la lessive ! Souriez et ne ne vous éloignez pas de lui car il a besoin de vous bien plus que j’ai besoin qu’on me rappelle que je ne marche pas assez ! Que je mange trop pour compenser, que je n’ai pas de vie pour qu’il puisse finir la sienne dans de bonnes conditions !! >>Oui je suis obèse et je vous EMMERDE messieurs les médecins, ceux qui se débarrassent du problème sur les aidants et qui après les culpabilisent, ceux qui refusent de comprendre que je choisirai toujours d’abord celui qui endure car je m’en fous de moi, si mon mari souffre et part loin de moi vers les poneys arc-enc-ciel. Je m’en fous de moi, car je serais seule loin de lui et ce n’est pas aux médecins que je veux plaire ! >>

Voilà, Baptiste, ce que j’ai répondu à un cardiologue, à un néphrologue et ils n’ont pas compris.

Il y a un an, mon mari est parti et moi, oui moi, je viens de perdre 10 kilos et mon amour. C’est lourd l’amour. 

Oh, Patrice, rappelle-toi, il y a 33 ans demain que je t’ai dit : “je t’aime”. Il y a 32 ans hier que je t’ai dit “je veux bien être ta femme'”. Il y a 30 ans et 6 mois que tu m’as dit “C’est une fille”. Il y a 15 mois après-demain que je t’ai dit “Au revoir et à bientôt”. Patrice je t’aime et je les emmerde ces médecins qui ont essayé de te soigner et de me culpabiliser, sans réussir ni l’un ni l’autre.

Je t’aime. 

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