Le thème du jour c’est "les héros tombent malades". Oui mais jusque-là les politiques n’ont pas cessé d’héroïser le personnel soignant durant la crise. Nous avons beaucoup entendu des expressions comme "ils partent au front", "ils sont en première ligne", "c’est la guerre". Une héroïsation non sans effets pervers.

Prenez la médaille et taisez-vous ! Baptiste Beaulieu évoque les effets pervers de l'héroïsation des personnels soignants durant la crise sanitaire
Prenez la médaille et taisez-vous ! Baptiste Beaulieu évoque les effets pervers de l'héroïsation des personnels soignants durant la crise sanitaire © Getty / Martin Barraud

En nous héroïsant, ils nous ont silencé

La plupart des discours de l’exécutif gouvernemental se sont articulés autour du champ lexical de la guerre et de l’héroïsation du personnel soignant. 

L’héroïsation du personnel soignant a été un narratif commode pour dépolitiser nos revendications bien antérieures à la crise et nous enfermer dans une posture intenable 

  • Un héros, ça ne demande pas du personnel supplémentaire, ben oui, ça se débrouille tout seul !
  • Un héros ça ne demande pas ce truc un peu sale qu’on appelle des sous. Ben oui, ça se bat pour la beauté du geste, un héros. 

En nous traitant en héros, ils nous ont confisqué le droit d’avoir peur, et nous ont renvoyés au silence

En temps de guerre on donne des ordres, en temps de crise sanitaire on donne des moyens. On a eu les ordres, on n’a pas eu les moyens, et la première vague passée, on nous a offert des médailles. Vous ne rêvez pas, des médailles, qui portent le nom de « médaille de l'engagement face aux épidémies ».

On pourrait rire du ridicule de la récompense, si ça ne cachait pas une réalité bien plus sordide : depuis le début de cette crise, ce n’est pas une pluie de médailles qui est tombée sur les soignants, mais des représailles en pagaille sur la tête de celles et ceux qui osaient contester publiquement la gestion gouvernementale de cette crise :

  • Deux aides soignantes parisiennes sont licenciées pour avoir alerté la presse sur le manque de moyens ; 
  • En Bretagne un aide-soignant est muté pour avoir publié une lettre dans la presse quotidienne régionale ; 
  • Dans le sud, un soignant hospitalisé à cause du Covid et qui s’est plaint sur facebook d’avoir manqué de masques est convoqué par sa direction ; 
  • À Toulouse, dans ma ville, deux infirmières ont été mises à pied parce qu’elles réclamaient des masques.

Le message est clair : soyez un héros, prenez la médaille et taisez-vous, taisez le manque de moyens, taisez le manque de personnels, taisez votre épuisement, taisez vos découragements, taisez vos idées noires, taisez vos confrères morts taisez vos consœurs mortes, taisez-vous, taisez-vous, prenez la médaille, mais taisez-vous.  

Prenez la médaille, et taisez-vous

Point Covid

En sait-on plus sur les risques d’attraper le coronavirus deux fois ?

Un patient de Hong-Kong était tombé malade du coronavirus en mars. Après plusieurs tests positifs et quelques jours de symptômes, il a guéri, et plusieurs autres tests sont revenus négatifs, attestant qu’il n’était plus contagieux et que son système immunitaire s’était débarrassé du virus.

Suite à ça, les semaines ont passé, jusqu’au mois d’août où, de nouveau symptomatique, il s’est refait tester et boum : PCR positive !

Une question : est-on moins malade quand on l’attrape une deuxième fois ?

Difficile de répondre à cette question, encore plus en si peu de temps, et c’est tellement passionnant qu’il y aurait tant à dire : les cas de réinfections documentés sont relativement rares, et certains patients ont été moins malades la deuxième fois que la première, tandis qu’un autre l’a été beaucoup plus. Cela dépend de tant de facteurs (l’état des santé des patients, la charge virale du proche contaminant...) bref tellement de facteurs que m’avancer ici ne serait pas raisonnable. 

Mais la question principale est : cela freinera-t-il l’efficacité d’un éventuel vaccin ? Pas forcément. Faudra-t-il user d’un rappel annuel contre le coronavirus ? Peut-être.

Quoiqu’il en soit, il est trop tôt pour le dire et l’honnêteté scientifique m’empêche de répondre à cette question. 

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