C'est l'histoire de Madame K qui n'a pas rencontré de problème lors de son accouchement et n'a donc pas appelé l'infirmière. À l’hôpital, on n’est jamais à l’abri d’un petit miracle et ils font toujours du bien quand ils arrivent. L’avantage d’être médecin ET romancier est qu’on exerce son œil à les voir.

Un accouchement toute seule, un miracle à l’hôpital
Un accouchement toute seule, un miracle à l’hôpital © Getty / Mayte Torres

Être médecin ET romancier ET lu par des soignantes, eh bien c’est un avantage au carré puisque parfois elles vous envoient des témoignages. En ce début d’année, j’avais envie de relayer celui d’une collègue infirmière qu’on appellera Fanny. Fanny a 28 ans quand elle reçoit madame K., une jeune femme fraîchement débarquée en Métropole qui se présente à l’hôpital pour accoucher de son troisième enfant.

La maternité est petite, les contractions de madame K. viennent de débuter, les chambres sont déjà toutes occupées. On l’installe donc en salle de pré-travail, un peu à l’écart du service. Précautionneuse, Fanny lui montre le bouton d’appel et lui demande :

Surtout, surtout, madame K., sonnez-moi s’il y a un problème. Entendu ?

Bien sûr. répond madame K.

Une heure passe, la patiente appelle l'infirmière

Une heure passe, Fanny s’occupe d’autres patientes quand, en passant dans le couloir devant la chambre de madame K., par la porte entrouverte, elle entend la voix de madame K. qui l’appelle :

Excusez-moi, dit la patiente, pourriez-vous m’apporter une paire de ciseaux s’il vous plait ?

Étonnée, l’infirmière entre dans la chambre. Madame K. tient son bébé dans les bras. Tout est tranquille. Au Japon, on appelle cela « naître durant le sommeil de sa mère » eh bien c’est exactement l’impression que cela donne : on pourrait croire que l’enfant est né pendant le sommeil de sa mère.

Je voudrais une paire de ciseau pour le cordon, dit madame K.

L’infirmière est complètement affolée, elle s’étrangle à moitié « Quoi, mais enfin !!! Pourquoi n’avez-vous pas appelé ?!?! Je vous avais dit d’appeler !! »

Vous voulez savoir ce qu’a répondu madame K. ? Madame K. a dit : 

Vous m’avez dit d’appeler s’il y avait un problème. Il n’y a pas eu de problème. 

Albert Einstein écrivait :

Il n'y a que deux façons de vivre sa vie : l'une en faisant comme si rien n'était un miracle, l'autre en faisant comme si tout était un miracle.

Peut-être que Madame K. a raison, peut-être qu’il n’y a pas de problème avec la vie. Jamais. Peut-être que la vie n’est pas une chose grave. En ce qui me concerne, je crois fort qu’elle peut le rester tant qu’on aura ce genre d’histoires à partager.

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