Le médecin que je suis voulait aborder le sujet de la PMA... Vous allez me dire : "mais quel rapport avec une émission sur le partage ?" Le titre de l’émission c’était quand même « De la laverie au jardin potager : on partage tout ? »

La PMA : une certaine idée du partage ?
La PMA : une certaine idée du partage ? © Getty / SEBASTIAN KAULITZKI

Eh bien, d’abord, un droit (comme celui d’accéder à la procréation médicalement assistée) ça se partage. Ça ne devrait pas être confisqué ou réservé à un groupe au seul prétexte que son orientation sexuelle est majoritaire. Avant l’adoption du projet de loi bioéthique la semaine dernière, il suffisait de se promener dans un service d’aide médical à la procréation, de n’y voir QUE des couples hétérosexuels, de penser à toutes ces femmes lesbiennes pour qui cet endroit était - EN TANT QUE COUPLE LÉGITIME- un lieu interdit par la loi, pour comprendre qu’il y avait là quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Alors oui oui j’entends les gens qui disent : 

Gnagnagna philosophiquement je ne veux pas payer alors qu’elle ne sont pas stériles ».

D’abord, fichons la paix à la philo. Elle n’est pas là pour servir de paravent à notre ignorance.

Ensuite, les lesbiennes paient les impôts de nos gosses et leurs écoles et les routes où ils apprennent à passer le permis. La sécurité sociale, c’est une des bases du contrat social français. En bénéficier ne devrait pas dépendre de votre orientation sexuelle qui n’est pas un choix.

Ensuite, disons-le directement :

1- Les couples hétéros ayant recours à la PMA à 42 ans car avant c’était compliqué/pas le moment pour le boulot/pas la bonne personne/, PHILOSOPHIQUEMENT on les situe où ?

(Personnellement, je suis heureux qu’ils aient droit à une chance d’accéder à la parentalité grâce à la science). 

2- Saviez-vous que l’infertilité reste inexpliquée chez 10 à 20 % des couples hétéros ! L’homme pourrait, la femme pourrait, mais les deux ensemble n’y arrivent pas. Leur infertilité n’est pas moins sociale que celle des couples lesbiens.

Refuser la PMA pour toutes, c’est dire «l’infertilité sociale des couples hétéros est un problème. Pas celle des couples lesbiens»

Ça revient à dire : «le couple hétéro vaut mieux que le couple homo ».

Ah tiens, rappelons au passage que dans 60% des PMA hétéros, l’infertilité ne concerne qu’UN SEUL des 2 membres du couple.

J’explique :

Soit monsieur peut, mais madame ne peut pas. Soit madame peut, mais monsieur ne peut pas. Pourtant, personne ne dit à monsieur : « Pourquoi l’état paierait votre PMA si madame est fertile ? Elle n’a qu’à coucher avec le voisin ou se faire inséminer en Espagne ! »

(Ce serait horrible de dire cela, hein ? Pourtant c’est ce que les gens osent dire aux lesbiennes : « mais l’une d’entre vous n’a qu’à aller en boite un soir et coucher avec le premier mec qui passe !).

Eh bien non. Le projet de loi est passé.

Les lesbiennes vont fonder des familles, et un jour de vieux couples de femmes ridées entourées de 10 petits-enfants leur apprendront que l’hétérosexualité n’est pas une valeur en soi et qu’il faut autre chose qu’une orientation sexuelle majoritaire pour se sentir meilleur que les autres et descendre manifester dans la rue.

Enfin, puisqu’on cause effort national, entraide et sécurité sociale, et contrat social, il y a un dernier argument qui pop régulièrement du côté des opposants à la PMA « on va manquer de sperme ». Ces gens sont obsédés par le sperme.

Eh bien, soit, je m’engage à partager le mien, et c’est le sens de la très belle tribune signée Mathieu Brancourt : « Don de sperme et PMA: pour des gamètes dans leur vie ».

J’adhère à cette tribune et je m’engage à donner le mien sitôt que la levée de l’anonymat sera actée dans les faits.

Car au final, le seul débat valable sur la PMA c’était bien de se demander si le don devait être semi-anonyme ou pas, comme au Danemark où l’enfant accède à l’identité du donneur quand il a 18 ans.

Et ce, POUR TOUS LES COUPLES.

Le reste, c’est l’histoire malheureuse mais oh combien ancienne dans l’humanité, de ceux qui jouissent d’un privilège et trouvent mille et un prétextes pour refuser de le partager.

Programmation musicale
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.