En ce moment, beaucoup de monde vient consulter pour une détresse psychologique et n’arrive pas à se déculpabiliser de ne pas aller bien. Le médecin Baptiste Beaulieu profite de son passage à l'antenne pour envoyer un message rassurant à un maximum de personnes : "cette année est horrible […] Soyons un peu indulgents".

"Beaucoup de personnes viennent consulter pour une détresse psychologique en ce moment, et n’arrivent pas à se déculpabiliser de ne pas aller bien."
"Beaucoup de personnes viennent consulter pour une détresse psychologique en ce moment, et n’arrivent pas à se déculpabiliser de ne pas aller bien." © Getty / Kiyoshi Hijiki

Il y a ce patient qui me confiait un mal-être grandissant. Et il culpabilisait de ne pas être aussi fort qu’il le pensait, ni aussi fort que d’habitude. "D’habitude docteur je tiens, je tiens même très bien".

On a discuté un peu et je lui ai dit : "C'est normal de ne pas aller bien, car ce qui s’est passé cette année n’est pas normal". Il s’est redressé en entendant ça. Et j’ai compris qu’il n’avait pas réalisé.

Les patients s'en veulent d’être anxieux, déprimés, de ne pas dormir, de ne plus avoir envie de voir du monde, sur internet ou de leur téléphoner, de ne plus avoir envie de sortir, même faire des courses... Tous ces gens n’ont pas verbalisé à haute voix que "Non, ce que nous vivons n’est pas normal, que c’est une catastrophe de grande ampleur, ou pour le moins un événement historique" - c’est-à-dire quelque chose qui, parce qu’il excède de très loin les causes qui l’ont précédées, ont un effet sur nos défenses psychologiques et cet effet est un effet légitime, dont il n’y a pas à avoir honte. 

J’ai donc récapitulé un peu, pour qu’on se rende bien compte de l’année que nous venons de vivre :

  • Le massacre programmé des Ouïghours en Chine,
  • Trump obligé de se réfugier dans un bunker,
  • L’explosion monstrueuse du port de Beyrouth,
  • Les attentats,
  • Un prof d’histoire assassiné d’une façon atroce dans la rue,
  • Une église attaquée à Nice,
  • Une pandémie mondiale causant plus d’un million de morts,
  • Un effondrement économique sans précédent qui laisse des millions de gens dans une misère noire,
  • Deux confinements, et avec eux l’arrêt de toute interaction sociale, 

... Et à quoi sert de voir des amis, d’aller au théâtre, au cinéma, au restaurant, si ce n’est, aussi, pour éteindre par un ensemble de stimulations en tous genres ces vieux traumas qu’on traine tous d’une façon ou d’une autre, ces vieux chagrins non résolus qui d’un seul coup occupent tout l’espace laissé vacant par l’absence de films, de pièces de théâtre, de bons petits restaurants. 

C’est pas que la poussière sous le tapis ressort : non, c’est qu’avec le confinement, il n’y a simplement plus le tapis

Donc oui, c’est normal de ne pas aller bien, cette année est horrible. Si elle était un dessert, elle serait un yaourt à la fraise avec des morceaux de cornichons et d’olives vertes dedans. Et on serait obligés de le manger tout entier.

Oui vous êtes humains vous faites ce que vous pouvez dans la mesure de vos capacités, de vos moyens, et dans le respect de vous-même. 

Soyons un peu indulgents. 

Ce qui arrive est historique, et chaque génération a son lot d’Histoires (avec un grand H) à devoir porter sur le dos. Chacun porte ce qu’il peut et on n’a pas tous la même largeur d’épaules. 

Point COVID

Chaque semaine, Baptiste Beaulieu revient sur la COVID au micro d'Ali Rebeihi. Cette fois il est revenu sur une rumeur : les médecins percevraient une rémunération pour inscrire à outrance "Covid-19" sur les certificats de décès dans le seul but de gonfler les statistiques...

Ben c’est faux. Je peux rien vous prouver, j’ai juste ma bonne foi de médecin généraliste de terrain mais c’est faux. Et c’est insultant. On est passé de « on applaudit les soignants tous les jours » à « l’honnêteté des soignants est achetée par le nouvel ordre mondial ou ce que vous voulez ».

Je n’étais pas fan des applaudissements à 20 heures, je suis encore moins fan qu’on remette en cause la probité de mes confrères et la mienne, particulièrement au regard de ce que sont nos semaines en ce moment.

La confusion vient peut-être que nous pouvons demander une majoration de 30 euros pour l’annonce d’un diagnostic Covid positif et le recensement des cas contacts. Parce que ça prend du temps de rassurer. Parce que ça prend du temps de noter les noms et les numéros de téléphone. Parce que tout travail mérite salaire.

Et surtout, à titre personnel, je n’ai pas bénéficié de cette tarification, beaucoup de mes confrères ne l’ont pas fait non plus, pour une bonne raison : c’est de la paperasse en plus et si je suis le premier à taper sur mes confrères quand il s’agit de dénoncer les maltraitances médicales, je ne doute pas de leur investissement auprès de leurs patients en ces circonstances difficiles et sans précédent.

La réalité c’est que la moitié de notre temps est passée au téléphone à rassurer les gens, à leur envoyer des ordonnances pour éviter qu’ils se déplacent et tout ceci gratuitement. 

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