La romancière Catherine Dufour publie un ouvrage intitulé "Ada ou la beauté des Nombres" dans lequel elle dresse le portrait de cette femme (Mathématicienne, programmeuse, poétesse, inventrice, traductrice, écrivaine, ingénieure...) oubliée par l’Histoire et qui fut pourtant LA pionnière de la science informatique.

Ada Lovelace fait partie de ces figures de femmes absolument géniales mais effacées par la société machiste
Ada Lovelace fait partie de ces figures de femmes absolument géniales mais effacées par la société machiste © Getty / Donaldson Collection

Je voulais vous parler d’Ada Lovelace. Elle fait partie de ces figures de femmes absolument géniales mais effacées par la société machiste, quand celle-ci n’a pas purement et simplement pillé leurs découvertes pour les attribuer à des hommes.

La romancière Catherine Dufour publie un ouvrage intitulé Ada ou la beauté des Nombres dans lequel elle dresse le portrait de cette femme oubliée par l’Histoire et qui fut pourtant LA pionnière de la science informatique.

Tour à tour mathématicienne, programmeuse, poétesse, inventrice, traductrice, écrivaine, ingénieure, toute sa vie Ada a dû lutter contre la prison dorée dans laquelle les corsets mentaux de l’époque voulait l’enfermer en raison de son genre.

Dans cet ouvrage passionnant, Catherine Dufour écrit :

Irréprochablement féminine le jour, Ada étudie la nuit. On lui confisque ses chandelles. Qu’importe : elle travaille son Euclide de mémoire, dans le noir.

Eh bien devinez : que fait le patriarcat quand une femme prétend s’émanciper, penser par elle-même, et revendique son droit à l’auto-détermination ? Quand elle commence à faire de l’ombre aux hommes ?

Il va pathologiser son intimité, et la rendre responsable de son génie, oups, pardon de son « désordre mental »...

Ada Lovelace a vécu l’enfer, et tout a été fait par le corps médical pour anesthésier ses talents

« Une femme qui n'a pas peur des hommes leur fait peur »

écrivait Simone de Beauvoir.

D’abord, elle a été bourrée d’opium, puis diagnostiquée « hystérique » : les médecins pensaient, littéralement, qu’elle souffrait du syndrome de l’Utérus sauteur : son utérus sautait dans son abdomen, s’y déplaçait vers le haut, et cela expliquait son tempérament intrépide, rebelle, frondeur.

Le corps médical va faire souffrir mille tortures à Ada Lovelace, parmi lesquelles lui faire manger des crottes de lapin pour repousser le coupable utérus vers le bas de son corps et mettre de la confiture de pomme dans ses parties intimes pour attirer ledit utérus !

L’intimité, qu’elle soit masculine ou féminine, n’est pas un terrain neutre, mais politique

Regardez les menstruations et la façon dont les hommes les ont utilisées pour instaurer un ordre sexuel dans lequel les femmes sont perdantes car impures.

Rien n’est plus politique, ET DONC extime, que l’intime. Je veux dire : pendant des années on a fait croire aux femmes qu’un phénomène aussi banal que les menstruations était capable de faire tourner une mayonnaise ! En Inde certaines femmes se battent pour pouvoir accéder aux temples qui leur sont interdits si elles sont indisposées.

Une gamine de 14 ans s’est suicidé la semaine dernière, au Kenya, après avec été humiliée à l’école. Parce qu’elle avait taché son uniforme. Insultée, traitée de « sale » par son professeur devant toute la classe, elle s’est donnée la mort en rentrant chez elle.

Le corps des femmes est un champ de bataille où se joue la guerre des sexes et le corps médical, on l’a vu ce week-end avec le rapport de l’Académie de médecine sur la PMA, a longtemps été complice de cette domination masculine.

Tour à tour contre l’IVG, contre l’interruption médicale de grossesse, contre le préservatif, contre les traitements substitutifs pour les toxicomanes, contre tout débat sur l’euthanasie... beaucoup de représentants du corps médical ont une longue longue histoire réactionnaire derrière eux.

Si seulement on pouvait être aussi en avance sur notre temps que le fut Ada Lovelace, quelle médecine pour tous ce serait !

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