Le recours aux médecines douces est genré. J’entends par là que plus de 50% des femmes disent y avoir recours régulièrement, contre seulement 30% des hommes.

Charge mentale et médecine douce : 50% des femmes disent y avoir recours régulièrement, contre seulement 30% des hommes.
Charge mentale et médecine douce : 50% des femmes disent y avoir recours régulièrement, contre seulement 30% des hommes. © Getty / Jose Luis Pelaez Inc

Je me demandais pourquoi, en quoi, comment, puis j’ai pensé à Madame Poire.

Madame Poire a 42 ans, elle est mariée, elle a 3 enfants, et elle est secrétaire de direction. 

Son quotidien ?

Elle doit gérer son boulot, les courses, les machines à laver, des enfants, elle doit penser aux rendez-vous médicaux de son mari, de ses enfants, elle ne doit pas oublier les factures d’eau et d’électricité, elle doit noter les horaires de sortie des enfants, les raccompagner de l’école, savoir ce qu’on va faire à manger ce soir, s’il reste des céréales pour les enfants demain matin, et connaître la date de prochaine vaccination pour le DTPolio.

Elle doit être là tout le temps pour tout car si elle ne pense pas aux choses de la vie, personne n’y pense, et les choses de la vie ne sont pas faites et elle reçoit des reproches, et des copines y arrivent très bien ou donnent l’impression d’y arriver, alors elle serre les dents, Madame Poire, elle compte, elle planifie, elle pense, elle note, elle vit dans un agenda permanent et elle n’a pas le choix.

Elle est littéralement la secrétaire de direction de tout le monde, et de toutes les directions tout le temps.

Parfois, son mari se fend d’un : « tu veux que je t’aide chérie ? » comme s’il lui concédait quelque chose, ou qu’il rendait service. Elle répond non, non, parce qu’il ne sait pas faire ou qu’il fera, mais mal, et que de toutes manières, c’est pas d’aide dont elle a besoin, c’est qu’il fasse sa part, mais elle a enregistré l’idée que fallait pas trop y compter et que quand il la fait, il la fait mal et elle doit EN PLUS penser à repasser derrière lui.

Alors quand la maladie frappe à la porte de la famille, grippe, rhino-pharyngite, angine, piqûre de moustique et autres chevilles foulées, quand le corps d’un proche s’échappe, elle se tourne vers l’auto-médication, ce qu’on appelle les médecines douces, ou alternatives, (je n’aime aucune de ces appellations elles sont toutes mensongères). Mais ce qui ne ment pas, c’est qu’elles permettent à madame Poire de continuer à agir, à contrôler les événements, à soigner, elle-même ou ses proches. 

Elle ne sait plus comment faire pour lâcher prise

Parce qu’à force de porter à bout de bras le foyer, les besoins du foyer, les besoins des enfants, les besoins du mari, d’être dans l’attention et le soin perpétuel dédié au bien être des autres, elle ne sait plus de quoi elle a besoin, elle ne sait plus déléguer, elle ne sait plus lâcher prise, elle ne sait plus, oh non, elle ne sait plus, peut-être existe-t-il des évènements sur le cours desquels elle n’a aucun pouvoir ? Elle ne se souvient pas. Elle est enfermée dans cette machine, et elle la fait tourner tourner tourner.

En fait, ce que je veux dire, c’est que je me méfie des huiles essentielles, je me méfie des médecines douces.

Elles sont, parfois, un moyen d’amener insidieusement dans le foyer familial les conditions permettant de prolonger la charge mentale des femmes en leur faisant croire qu’il est AUSSI de leur ressort d’assurer la santé des membres du foyer EN PLUS de tout le reste.

Parce que, finalement, maintenant, madame Poire doit penser à prendre rendez-vous avec un médecin traditionnel pour les enfants ET AUSSI penser à emmener les huiles essentielles nécessaires au soin de la petite famille pendant les vacances. 

Quand est-ce qu’elle peut arrêter de penser, un peu, madame Poire ? Hein ?

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