Qu'en est-il de la santé mentale au temps de la pandémie ? Au cabinet médical, Baptiste Beaulieu constate que les personnes craquent plus psychologiquement et que "cette absence de contact est autant de microscopiques arrachements que parler à l'autre sans le toucher, c'est comme déménager à l'autre bout du monde".

Santé mentale durant la pandémie - les mots de Baptiste Beaulieu
Santé mentale durant la pandémie - les mots de Baptiste Beaulieu © Getty / martin-dm

L'autre nuit, j''ai encore rêvé que mes parents déménageaient à l'autre bout du monde. Ils me disaient que c'était comme ça et pas autrement. Alors, à l'instant du réveil, j'ai eu un moment d'apaisement. Ce n'était qu'un cauchemar… Mais d'où venait-il, ce cauchemar ? 

J'ai compris que mes parents, qui habitent juste à côté de chez moi et que je ne peux plus, en ces temps de claustration, de couvre-feu, de pandémie, ni prendre dans les bras ni embrasser de peur de les contaminer, quelque part, c'est comme s'ils étaient partis aux antipodes. 

Cette absence de contact, de chaleur humaine, c'est autant de microscopiques arrachements. Parler à l'autre sans le toucher, c'est déménager à l'autre bout du monde

Dès lors qu'il est interdit d'y avoir accès qui, par un baiser, par une caresse, par une odeur, l'autre s'écarte, s'éloigne infiniment et notre inconscient nous murmure à l'oreille, notre morale est mise à rude épreuve et on fait des rêves…

Au cabinet médical, les gens craquent psychologiquement, de plus en plus

Ça craque de partout, encore plus depuis qu'on s'approche de la première année passée, sous le règne impitoyable de cette pandémie et de ses conséquences. Encore plus depuis qu'on comprend peu à peu que, peut-être, le vaccin n'est pas le bout du tunnel tant espéré à cause des variants. 

Alors, cela s'exprime de différentes manières : manque de motivation, défaut de concentration, impossibilité à se projeter à moyen ou à long terme, perte de l'élan vital, etc. 

J'ai donc voulu regarder en détail la composition du conseil scientifique chargé de donner les grandes orientations pour gérer la crise sanitaire. Évidemment, il y a zéro spécialiste en santé mentale, pas de psychiatre, pas de psychologue. A croire que, dans un modèle économique productiviste, la santé mentale, c'est un peu le cadet de nos soucis. Pendant ce temps, les étudiants s'enfoncent dans l'isolement, la dépression, la précarité, les suicides, les tentatives de suicide se multiplient. Après, évidemment, les étudiants étaient déjà dans la difficulté avant la pandémie, mais celle-ci sert de catalyseur et fait ressortir toutes les scories qu'on refuse de voir habituellement, comme les violences intrafamiliales, par exemple. 

Évidemment, je ne parle que des étudiants, mais nous savons toutes et tous à quel point nous en avons marre de la situation. 

Nous sommes fatigué.e.s. Les soignants sur le terrain sont épuisés. Je suis épuisé. Ça ne vaut pas grand chose mais il faut que je le dise

Si tu es étudiant, boulanger, boulangère, restaurateur, restauratrice, mais aussi professeur.e, chômeur, assistant.e social.e, personne âgée isolée, qui que tu sois, je veux juste te rappeler que je suis de tout cœur avec toi, que les circonstances dans lesquelles nous sommes plongé.es sont tragiques et plus grandes que nous ; que tu es humain, qu'on est tous humains, qu'on fait toutes et tous comme on peut et que, parfois, la vie est plus forte que nos barrières mentales. 

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