Notre rapport à l’alimentation est compliqué, et durant les deux derniers mois on a croulé sous les blagues et les dessins caricatures autour de la prise de poids qu’engendrerait le confinement chez les français.

Notre rapport à l’alimentation est compliqué, et durant les deux derniers mois on a croulé sous les blagues et les dessins caricatures autour de la prise de poids qu’engendrerait le confinement chez les français et ça m’a trotté dans la tête car j’ai pensé à mes patients en surpoids qui devaient se sentir mal derrière leurs écrans, j’ai donc voulu relayer la parole d’une personne en situation d’obésité. 

Il est editeur, et auteur de jeux de rôles, il s’appelle Jerome Larré.

Et voilà son message :

« Il n'est pas tout à fait impossible que, peut-être, éventuellement, dans certaines conditions, je sature des blagues liées à la prise de poids due au confinement.

Être gros ne justifie pas qu’on se flagelle autant que la société aimerait qu'on le fasse, ni une seule seconde que qui que ce soit puisse se sentir autorisé à nous manquer de respect pour cela. 

Et c'est de cela dont il est question ici. 

Du fait que plein de gens croient que ce soit drôle de nous désigner comme des monstres et que nous rentrer dedans soit une façon normale de passer son temps et sa frustration due au confinement, voire un moyen de briller devant ses amis virtuels parce qu'on a fait un bon mot sur internet. 

Et c'est exactement la même chose que de penser que parce que je ne m'excuse pas d'exister, je me vante d'être gros ou j'en suis fier

Il y a un monde entre les deux. Ce monde, c'est celui de la décence

Et pour le coup, si je n'accepterai pas de prétendre que l'obésité n'a pas d'incidence médicale, je n'accepterai pas non plus d'être le paillasson de qui que ce soit.

Je comprends sans problème que POUR TOI, qui commets ces blagues, me ressembler soit plus grave que, disons, 250 0000 personnes qui meurent au cours de la plus grande crise sanitaire et économique depuis 30 ans.

Je comprends que ton insécurité quand au fait de ne plus être désirable parce que tu aurais pris deux kilos, et que donc plus personne ne te trouvera d'intérêt, justifie de m'insulter.

Je comprends aussi le besoin de faire de l'humour en ces temps de stress, même noir, même sur une des populations les plus à risques de complications graves liées au COVID19.

Mais si tu penses vraiment que prendre quelques kilos est la pire chose qui puisse t'arriver en cette période de pandémie mondiale, rends nous service à tous les deux et meurs maigre. 

Ou alors, tu redescends sur terre et tu te protèges. Et quand viendra le temps de se déconfiner, tu essayes de ne pas oublier qu'on sera encore nombreux parmi la population française à devoir continuer à rester chez nous. Tu ne nous verras plus, mais on sera toujours là, coincés. Et pas que nous, tes parents aussi sans doute. Pas parce qu'on n'a pas fait ce qu'il fallait, mais parce que ce virus est une cochonnerie. Des bisous, prends soin de toi, arrête les blagues, s’il te plaît.»

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