Alors voilà, ce matin j’ai voulu vous rédiger une petite chronique légère et je me suis souvenu combien le métier de soignant est propice à de grands, très grands moments de solitude parfois...

Ecouter, prendre son temps pour éviter de faire des gaffes
Ecouter, prendre son temps pour éviter de faire des gaffes © Getty / Sarinya Pinngam / EyeEm

Pas plus tard que la semaine dernière, je prends la carte vitale d’un patient et en voyant la photo dessus, je dis un truc du genre : "Tiens ? C’est la carte de votre maman ? Vous êtes encore sur sa carte à 32 ans ?"

Le patient me regarde et répond :

Non, non, c’est ma carte et ma photo. C’est juste que j’ai eu une période difficile sur le plan capillaire. 

J’aurais mieux fait de me taire ou, comme disait ma grand-mère, de compter ses doigts dans son coin.

Il y a eu cette fois, aussi, où, alors que j’étais tout jeune externe en médecine, j’ai demandé à l’accompagnatrice d’une patiente "Vous êtes la maman ?". L’accompagnatrice s’est tournée vers moi, et a lâché du bout des lèvres : "Non non, c’est juste une copine" avant d’ajouter, vexée comme un pou "Et nous avons le même âge, elle et moi !".  

Aïe. 

J’aurais pu arrêter là les dégâts, sauf qu’en pensant arranger les choses, j’ai creusé ma tombe puisque je me suis tourné vers la patiente et j’ai ajouté "Vous faites vraiment très jeune, madame !".

Une autre fois, un homme vient avec une jeune fille en consultation, et au détour de la discussion je dis combien lui et sa fille se ressemblent. Évidemment, ce n’était pas sa fille, c’était sa femme.

Bref, bref, bref... 

De tout cela, il se dégage une ligne directrice fondamentale, que je tiens à partager avec les étudiants en soin qui nous écoutent :

Si tu ne sais pas, laisse doucement mais sûrement venir l’info à toi

Et cette ligne de conduite est valable aussi pour les autres métiers puisque ça tombe bien, je suis aussi romancier et je voudrais avoir une pensée pour cette lectrice qui, la semaine dernière, au salon du livre de Paris Porte de Versailles, alors qu’elle était venue faire dédicacer mon dernier roman, m’a vu lui dire de façon tout à fait ingénue en désignant son ventre : "C’est mignoooon ! Vous êtes venue à deux !"

Ce à quoi elle a répondu avec humour et bienveillance "Non, je suis juste grosse".

Si elle m’entend qu’elle écrive à France Inter et me donne son adresse, je lui ferais livrer des fleurs.

N’oubliez pas : laisser doucement mais sûrement venir l’info à soi...

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