L’autre jour, un jeune interne, Alexandre, brillant mais inquiet, s’est confié : il avait peur d’être un mauvais soignant parce qu’il « n’aimait pas les gens ». Il était gêné et un peu honteux de me confier ça, comme si j’allais lui jeter de petites fourchettes en fer dans les yeux pour l’obliger à aimer ses semblables

Qu'est-ce qu'un bon médecin ? Baptiste Beaulieu n'a pas la définition. Mais en revanche il sait que les patients attendent d'un médecin confiance, respect, écoute et honnêteté
Qu'est-ce qu'un bon médecin ? Baptiste Beaulieu n'a pas la définition. Mais en revanche il sait que les patients attendent d'un médecin confiance, respect, écoute et honnêteté © Getty

J’ai pris le temps de la réflexion et je voudrais ici lui apporter un début de réponse :

  • D’abord, je ne sais pas ce qu’est un bon médecin. Et je pense qu’on pourrait écrire des livres entiers qu’on n’obtiendrait pas le début d’une piste.
  • Ensuite, j’ai interrogé des patients et des patientes pour savoir ce qu’ils attendaient de leurs médecins. Eh bien : les patients ne demandent pas d’être aimés. J’aime mes parents mes sœurs mes amis, c’est déjà beaucoup. Ce que les patients demandent, en revanche, c’est d’être considérés et respectés en tant qu’individus. Ce qu’ils cherchent c’est une information délivrée dans des conditions de respect mutuel. Ce qu’ils demandent c’est que, une fois cette information délivrée, on les considère pour ce qu’ils sont : capables d’auto-détermination.
  • Il n’y a pas besoin d’aimer pour être en sympathie et bienveillant.

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

J’entends ce que vous dites

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

Je vous crois quand vous dites "j’ai mal"

Il n’y a pas besoin d’aimer pour demander à une patiente :

Acceptez-vous que je vous examine ? 

Il n’y a pas besoin d’aimer pour demander à une patiente :

Est-ce que vous avez peur ? Est-ce que vous avez des questions ?

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

Je vais vous accompagner si vous voulez. Ce sera long, mais on fera ça ensemble.

Cependant, et je terminerai sur cela, Alexandre : pour exercer le métier de soignant c’est toi qui va avoir de beaucoup, beaucoup d’amour. Ce n’est pas vivable, sinon, toute cette souffrance.
Et n’oublie pas, n’oublie jamais : la vie est belle.

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