Baptiste Beaulieu revient sur une étude américaine sur le milieu médical.

Il y a un an une étude américaine a conclu que les bébés noirs ont deux fois plus de risques de mourir dans leur première année de vie que les bébés blancs.
Il y a un an une étude américaine a conclu que les bébés noirs ont deux fois plus de risques de mourir dans leur première année de vie que les bébés blancs. © Getty / FreshSplash

Il y a un an le CDC, Centers for Disease Control and Prevention, aux US, a mené une vaste et longue étude, concluant que les bébés noirs ont deux fois plus de risques de mourir dans leur première année de vie que les bébés blancs.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces résultats terrifiants, les principaux étant les disparités économiques entre blancs et noirs, le racisme structurel, et le stress que ces deux facteurs peuvent engendrer chez le bébé et ses parents.

Une nouvelle étude parue dans le Proceedings of the National Academy of Sciences a été menée sur plusieurs années (25 ans) sur près de 1,8 millions de naissances aux États-Unis. Je vous traduis la conclusion de l’étude et je ne vous ferai pas l’affront de vous la lire en anglais car les tympans des auditeurs pourraient saigner et on aime nos auditeurs sur Inter :

« Quand ils sont pris en charge par des médecins blancs, les enfants noirs ont près de trois fois plus de risques de mourir à l’hôpital que les nouveau-nés blancs »

Cet écart disparaît lorsque les nouveau-nés sont pris en charge par des médecins noirs

Là aussi je mets le lien de l’étude sur le site de France Inter. 

Alors vous allez me dire, que corrélation n’est pas causalité, et peut-être d’autres facteurs peuvent expliquer ces disparités.

MAIS.

Le plus intéressant dans cette étude ? Ce taux de mortalité a tendance à diminuer dans les hôpitaux fréquentés par une plus forte population noire et où le nombre de nouveau-nés noirs est plus important.

En gros, là où les médecins sont formés ou sensibilisés aux questions du racisme institutionnel.

S’il y a bien un sujet médical qu’on aborde malheureusement trop peu dans nos médias, c’est d’interroger l’idée absurde selon laquelle dès qu’un soignant enfile une blouse il se sépare de ses biais et de ses stéréotypes sur les personnes qui ne sont pas comme lui : précaires, noirs, femmes, gays, handicapés, trans etc.

Il faut interroger cette idée absurde et surtout débusquer ce que cela sous-tend en terme de perte de chance sanitaire pour ces patients

Alors vous allez me dire que les études mentionnées ont été réalisées aux États-Unis, où la question raciale est très différente de celle de la France, l’histoire américaine n’étant pas l’histoire française.

Une fois qu’on a sorti une banalité pareille, peut-on quand même s’interroger : est-on à ce point différents ?

Et surtout : peut-on se mettre à la place des minorités en France : « ça va, je peux prendre le risque d’être soigné par un médecin raciste car, après tout, il est français et son racisme n’est pas DU TOUT aussi délétère que le racisme américain ! »

Ça n’a pas de sens. 

Alors oui, il existe des listes de soignants faites PAR et POUR les minorités recensant des médecins sûrs, non homophobes, non racistes, non sexistes, des listes que le conseil de l’Ordre estampille du nom fourre-tout de communautaires et qu’il condamne de la façon suivante, je cite : « l’existence de telles listes est condamnable car elle sous-entend qu’il pourrait exister des médecins discriminant leurs patients, or, les médecins ont prêté serment, il ne peut donc pas y avoir de telles discriminations de la part du corps médical. »

En gros, pour résumé : Ça n’existe pas car on l’a décidé et que nous les médecins on est tous très gentils. 

Alors je vais terminer sur ça :

Est-ce que ces listes sont souhaitables ? Dans un monde idéal, elles ne le seraient ABSOLUMENT PAS.

Est-ce que ces listes sont nécessaires ? Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, et en tant que médecin connaissant le corps médical de l’intérieur, j’affirme que OUI.

Et je crois sincèrement que les personnes qui s’insurgent contre de telles listes devraient inventorier l’ensemble des privilèges qui sont les leurs et qui leur permettent de n’avoir pas à se poser la question quand ils cherchent un médecin. 

CDC 

PNA

Point Covid 

A-t-on gonflé le nombre de morts du covid en attribuant au covid des patients décédés d’autre chose ?

On lit beaucoup sur les réseaux que les forces secrètes qui nous gouvernent auraient volontairement attribué au COVID des patients décédés d’autres choses…

Dans quel but ? instiller la peur dans la population et mieux la contrôler.

Tout est parti d’un ministre italien disant que 94% des patients étiquetés morts du COVID étaient en réalité morts d’autres choses.

94% c’est beaucoup

Ce chiffre a été repris par la complosphère et tous les cafouillages numériques (comptage du nombre de morts, beaucoup de morts, beaucoup d’erreurs) inhérents à une catastrophe de grande ampleur comme la pandémie ont alimenté cette rumeur.

Jusqu’à que Donald Trump lui-même la retweet à ses 88 millions de followers (le même qui disait qu’il fallait pas tester les gens, qu’on risquait de faire peur…

Or le ministre italien s’était trompé : ce n’est pas que 94% des patients morts du Covid sont en réalité morts d’autre chose, c’est que 94% des patients morts du Covid étaient porteurs d’au moins 3 comorbidites (une comorbidite comme l’âge, le surpoids, l’hypertension artérielle etc).

Eh bien cela change tout, Thomas.

Mais c’est trop tard le mal est fait : quand une fausse information surgit sur internet elle se propage partout très vite. Alors que la réfutation argumentée d’une fausse information, elle, n’est jamais aussi virale. Jamais. Et c’est comme ça que le mal est fait, et qu’il est difficile de le défaire.

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