Pour ce dernier jour de l'année, Baptiste Beaulieu nous parle de Titouan, 17 ans, suivi pour une épilepsie depuis ses six mois. Il remercie aujourd'hui sa pédiatre Sylvia Napuri, qui l'a accompagné depuis son plus jeune âge, pour son soutien précieux.

Baptiste Beaulieu présente une nouvelle facette de la relation patient / médecin et explique pourquoi, par certains côtés, être pédiatre peut être terrible
Baptiste Beaulieu présente une nouvelle facette de la relation patient / médecin et explique pourquoi, par certains côtés, être pédiatre peut être terrible © Getty / Peter Dazeley

Alors voilà, l’autre jour je reçois le message d’une maman qui vient, avec son fils Titouan, de dire au revoir à la neuro pédiatre qui suit Titouan depuis ses 6 mois pour une épilepsie.

Titouan a maintenant 17 ans et se porte très bien grâce à ses soins.

Sa mère et Titouan l’ont chaleureusement remerciée pour sa gentillesse, sa disponibilité et son professionnalisme sans faille.

Il faut que les auditeurs imaginent : 17 ans !

La maman de Titouan a l’impression d´avoir dit au revoir à un membre de sa famille. la pédiatre a toujours répondu présent aux difficultés que cette famille a rencontrées. Son soutien a été précieux pendant toutes ses années. 

Titouan va être suivi maintenant par un neurologue de centre ville mais la famille sait que la pédiatre sera toujours disponible s’ils ont des inquiétudes.

À cette occasion, ils adressent un énorme merci à cette doctoresse, Sylvia Napuri, et ils lui souhaitent que sa vie soit belle et rayonnante.

Est-ce que tu entends, Sylvia ? Il semblerait que tu sois pédiatre à Rennes, et je veux que tu saches que cette famille m’écrit espérer que ta vie « soit belle et rayonnante ».

Alors c’est vrai, je parle de toi, mais tu n’es qu’un prétexte pour parler des autres, de tes collègues, les pédiatres.

On n’imagine pas ce que peut ressentir un pédiatre qui accompagne un enfant depuis les premiers symptômes de sa maladie chronique jusqu’à ses fameux quinze ans où, médicalement, il atteint une majorité biologique qui l’amènera à être traité comme un adulte.

En tant que romancier, mes personnages m’accompagnent un an, deux ans, le temps de l’écriture, puis je m’en déleste et je les offre en série, aux lecteurs. Si jamais l’envie me prend de les retrouver, je n’ai qu’à tendre la main vers ma bibliothèque et les voilà. Sarah, la vieille dame de mon deuxième roman, Augustin, le petit garçon de mon troisième. Je ne souffre d’aucun manque.

En tant que médecin généraliste, mes patients, si j’ai de la chance, je peux les suivre de leur naissance à leur mariage. Ça bosse combien d’années, un médecin ? Trente ans ? Une génération entière avec laquelle cheminer. 

Mais être pédiatre c’est terrible ! Il faut, chaque jour, dire adieu à des petits et des petites qu’on a accompagné dans les coups durs. Qu’on a soigné, qu’on a vu grandir et apprendre à tomber. Qu’on a relevé.

Être pédiatre, c’est dire au revoir. Tous les jours.

Mais, mais, mais... c’est aussi dire bonjour au nouveau petit de deux ans qui vient de faire sa première crise d’épilepsie.

Chaque jour, on ferme une porte, et, chaque jour, on en ouvre une autre. 

Les pédiatres sont ceux qui disent adieu et bonjour, qui lèvent la main une dernière fois, puis qui la tendent pour la première fois.

Je voulais, ce matin, en partageant ce texte d’une maman, être de ceux qui leur disent merci d’accepter un métier aussi difficile : dire adieu. 

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