Baptiste a souhaité partager le cri d'alarme que Marion, une infirmière à domicile, lui a envoyé dans un message où elle se désespère des insultes qu'elle essuie régulièrement. Il a souhaité vous lire son témoignage pour lui exprimer son soutien.

Le cri d'alarme d'une infirmière
Le cri d'alarme d'une infirmière © Getty / bymuratdeniz

J’ai reçu un message d’une collègue, Marion, infirmière à domicile. Ce message, était accompagné de plusieurs photos montrant son cabinet que de courageux individus ont recouvert dans la nuit de lundi à mardi d’inscriptions comparant les soignants à des dirigeants nazis.

Marion m’écrit :

« Bonjour Baptiste, je suis Marion infirmière à domicile tout près de toi, à Toulouse. Voilà mon cabinet aujourd'hui !!! Je suis écœurée et dégoûtée. J’en ai assez de subir ça depuis 2 ans ! A la première vague on nous insultait la nuit sur notre répondeur en disant que c’était nous qui tuions les gens en trimbalant le virus.

Aujourd'hui on nous traite de nazis...

Je soigne depuis 23 ans, Baptiste, sans jugement, sans discrimination, je soigne tout le monde, quelles que soient leurs origines, leurs idées, leur couleur de peau, leur âge, leur religion... J’aime profondément les gens, mais là je n’en peux plus. Alors s’il te plaît, toi qui a de la visibilité , dis-leur qu’un jour ils n’auront plus de médecins comme toi ou d’infirmières comme moi, parce que je pense aller vendre des carottes sur les marchés ou n’importe quoi d’autre, parce que ce n’est pas possible des trucs pareils...

Nous on veut juste travailler sans être traitées de nazis. Tu peux pas savoir comme ça me fait mal, et peur de vivre dans un monde comme ça... Nous avons décidé d’aller porter plainte. »

Et Marion termine son message par « bon courage, et sois prudent, Baptiste ».

"Sois prudent…"

Sois prudent. Parce que je suis médecin. Et parce qu’elle est infirmière.

Les gens deviennent dingos. Enfin certains étaient déjà cons avant, hein, mais là c’est chaud.

Bref, du coup, comme j’ai le micro, là, maintenant, je veux dire quelque chose : s’il y a des soignants et des soignantes qui m’écoutent, s’il y a des infirmiers, des aides-soignants, des médecins, des kinésithérapeutes, des sages-femmes, des dentistes, des assistantes sociales, des psychologues, des psychomotriciens, etc etc, je vous comprends, et je vous soutiens et, pour traverser moi-même ce que vous traversez en ce moment, je veux vous dire que vous n’êtes pas seuls, que ces gens ont tort, quels qu’ils soient, et que vous avez raison. Le jour où ils auront besoin de vous, ils le comprendront.

En attendant, et il faut bien le dire : le degré de bêtise de notre époque est stratosphérique, et le thermomètre à conneries est savamment réchauffé par des politiques en recherche de suffrages.

Ne les laissons pas nous salir, ne les laissons pas nous abîmer

Et je vais ajouter quelque chose, ça me parait dément de devoir dire ça, mais voilà :

Soyons fiers de ce que nous faisons pour les gens en cette période de pandémie

Par bien des aspects, vous, les soignants, vous êtes le vivant symbole de ce qu’est ou doit être une civilisation digne de ce nom, et si le tissu social est en train de se déchirer ne laissez personne vous faire penser que vous n’êtes pas, d’une certaine façon, les meilleurs couturiers sur lesquels ce tissu social puisse compter.

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