"Cette pandémie c’est la vie qui va trop loin". Baptiste Beaulieu réagit à cette phrase qu'un de ses patients lui a récemment dite. Quelque part, cette fatalité correspond au sens de la vie, de l’histoire, de ses événements et qu'il nous faut apprendre à composer avec du mieux que nous pouvons.

"Je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus" : continuez à tenir le cap, on va y arriver !
"Je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus" : continuez à tenir le cap, on va y arriver ! © Getty / fotostorm

L’autre jour, un patient me dit :

Moi je ne veux pas me faire vacciner, Docteur, je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus

Je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus […] 

Elle est magnifique cette phrase. Elle est à la fois tellement humaine, et tellement métaphysique.

Je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus. Comme si on pouvait, je sais pas moi, lever un index menaçant, agiter le bras, et dire d’un ton énervé : je te préviens ça suffit, encore une fois et tu vas dans ta chambre.

Je trouve que ça va trop loin cette histoire de virus. Le patient ne veut pas se vacciner car il trouve que ça va trop loin cette histoire de virus.

Mais… Mais c’est la vie qui va trop loin, monsieur ! À partir du moment où quand on nait, on fait mal à nos mères, la vie est déjà allée trop loin !

Et après quoi, hein ? On est venu au monde, on aime, on souffre, on vieillit, on a mal aux articulations, les gens qu’on a aimés et que la vie nous a fait aimer s’en vont, ils meurent, la vie n’est faite que de ça, de la vie qui va trop loin, tous les jours, tout le temps, la vie va trop loin, c’est le principe même de la vie : elle exagère.

Quand tu as 10 ans et que ton chien meurt, la vie va trop loin.

Quand tu as 12 ans et que tu sauves une abeille de la noyade et que l’abeille te pique en retour, la vie va trop loin. 

Quand tu as 20 ans et que la personne que tu aimes tombe amoureuse de quelqu’un d’autre, oui, là aussi, la vie va trop loin.

Quand tu as trois enfants, un mari qui n’est pas assez présent, que personne ne voit à quel point tu es fatiguée, la vie est allée trop loin. Quand tu as l’impression que ton existence ne t’appartient plus, ou n’est pas celle dont tu avais rêvé quand tu avais 10 ans de moins, à chaque seconde, à chaque seconde oui, à chaque seconde de cette existence-là, la vie va beaucoup trop loin.

On fait quoi alors ? On court derrière ? On fait quoi ? Je ne sais pas. On peut pas faire demi-tour, et la vie n’en fait qu’à sa tête, alors quoi ?

Cette pandémie c’est la vie qui va trop loin. Mais c’est aussi et surtout l’Histoire avec un grand H, l’Histoire avec ses drames et ses dénouements, ses événements qui nous laissent dans l’incertitude, ses personnalités qui se révèlent, en bien ou en mal, ces personnalités qui font leur beurre sur la crise, les politiques qui s’en servent pour leurs agendas, les personnes d’en bas laissées sur le carreau, les personnes d’en haut qui trouvent à en tirer bénéfice, la pandémie c’est la vie qui va trop loin, et nous, nous sommes dedans jusqu’au cou.

Alors hop hop hop, prenez soin de vous, les gens. Tenez le cap. On va y arriver

Tous les drames ont leur dénouement, ou leur résilience. Il viendra un jour où nous pourrons enlever les masques, voir nos visages de nouveau, et nous serrer dans les bras. Et là aussi, ce sera une preuve supplémentaire : la vie, en bien ou en mal, va trop loin. Hier, maintenant, demain. Et c’est comme ça. 

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