Quand les résultats de recherche font remonter des ouvrages problématiques.

La FNAC, l’une des plus grandes librairies en ligne de France
La FNAC, l’une des plus grandes librairies en ligne de France © AFP / Jean-Baptiste Premat / Hans Lucas

Tristan, que vous avez eu un problème avec le site de la FNAC, l’une des plus grandes librairies en ligne de France... Que s’est-il passé ?

Il se trouve que dans le cadre de la veille que je fais en ligne je suis allé tester quelques mots clefs sur le moteur de recherche du site de la Fnac pour voir quels ouvrages je pouvais trouver, et là je dois dire que j’ai été soufflé.  Parce que j’ai découvert que sur certaines requêtes remontaient des contenus particulièrement toxiques.

Alors quels mots, quelles requêtes avez-vous tapés dans le moteur de recherche ?

J’ai d’abord essayé le mot vaccin et sur les 20 premiers résultats mis en avant sur le site de la Fnac la moitié au moins remet en cause le consensus scientifique autour de l’efficacité des vaccins. On a 5 ouvrages d’un auteur qui par exemple considère que les campagnes vaccinales ne reposent pas sur les arguments scientifiques médicaux et qu’elles seraient poussées par des intérêts commerciaux soi-disant dissimulés. Et puis on a dans ce top 20 un ouvrage d’un complotiste totalement délirant dont le titre est tenez vous bien « vaccin, un génocide planétaire ? » 

Évidemment ça pose problème parce qu’aujourd’hui les derniers sondages montrent  que plus de la moitié des Français sont réticents à l’idée de se faire vacciner contre le coronavirus. Donc la pire chose qu’on puisse faire c’est de mettre en avant des bouquins vaccinosceptiques ou vaccinocomplotistes. 

Avez-vous poursuivi l’enquête ? Avez-vous tapé d’autres mots ? 

Il se trouve que je suis allé taper les termes « chambres à gaz » dans le moteur de recherche de la Fnac, et dans le top 10 des premiers résultats mis en avant sur le site de la Fnac vous vous retrouvez avec un ouvrage écrit par un négationniste reprenant les thèses de Faurisson. Alors imaginez une seule seconde un lycéen qui cherche à faire un devoir sur les chambres à gaz parce que c’est au programme et qu’il aille chercher une référence sur le site de la Fnac le voilà potentiellement exposé à du contenu négationniste.

Mais comment expliquer que ces livres soient recommandés ?

Tous ces résultats ne sont évidemment pas le fait de la Fnac mais de l’algorithme qu’utilise la Fnac pour trier les réponses qui sont proposées aux consommateurs. Ces algorithmes sont en fait des formules mathématiques compliquées auxquelles on a évidemment pas accès parce que ça relève du secret commercial.

Et ces algorithmes déterminent automatiquement la liste et l’ordre de présentation des ouvrages considéré comme pertinent pour une recherche spécifique.

Le seul problème c’est que ce qui est pertinent pour l’algorithme n’est pas forcément pertinent pour les humains.

Donc la FNAC est quand même responsable ?

À mon sens oui : à partir du moment où la Fnac met en avant ce contenu, elle en fait la promotion, la FNAC a une responsabilité éditoriale dans le tri qui est présenté aux consommateurs. Imaginez une seule seconde que la FNAC mette en avant un bouquin négationniste en tête de gondole dans ses rayons, ça ferait un scandale gigantesque ! 

Alors qu’on m’explique en quoi c’est différent lorsque la même chose se passe sur son site web ?

L'équipe
  • Tristan Mendès FranceEnseignant dans le domaine du numérique et collabore à l’Observatoire du conspirationnisme
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