La France entre début janvier dans une campagne de vaccination. Les enquêtes d’opinion montrent qu’une partie des Français hésite encore, c’est ce qu’on appelle "l’hésitation vaccinale". Il ne faut surtout pas confondre cette hésitation avec ceux qu’on appelle les antivax.

La vaccination
La vaccination © Getty

Oui il faut bien distinguer d’un coté, ceux qui se posent légitiment des questions, qui doutent, et de l’autre, la mouvance complotiste anti-vaccin qui pense que la vaccination est un complot, soit pour nuire à la population, soit pour enrichir l’industrie pharmaceutique.  

Et ce discours est ancien, il remonte aux origines des vaccins au XVIIIe siècle. Et dès le début, cette mouvance dénonce les vaccins comme une arme des puissants au détriment du peuple. Ça rappelle bien sûr les fantasmes complotistes aujourd’hui, autour des labos pharmaceutiques et ceux qui les financent - le fameux BigPharma. 

Ensuite, cette mouvance anti-vaccin a évolué au XXe siècle en intégrant une culture New Age adepte des médecines alternatives où le vaccin est perçu comme artificiel et donc toxique.

Aujourd’hui cette mouvance semble gagner de l’audience, surtout en France. Pour quelle raison ? 

Certains spécialistes identifient cette accélération autour de 2009-2010 avec les ratés autour du vaccin contre la grippe A, le H1N1. Mais pour mesurer l’ampleur de ce bouleversement, il suffit de rappeler ce sondage de 2005 de Institut national de prévention et d'éducation pour la santé qui indiquait qu’environ 10% des sondées étaient défavorables aux vaccins. Aujourd’hui, plus de la moitié des Français sont réticents à l’idée de se faire vacciner contre la covid19. Ce qui est évidemment un terrain extraordinairement propice aux discours antivax.

Qu’est-ce qui explique la dynamique antivax ? De quoi se nourrit-elle ? 

La crise de confiance généralisée envers les paroles d’autorités, d’expertises, et notamment des médias qui en sont le relais.

Mais surtout, on a vécu une profonde révolution dans la façon qu’on a de s’informer. Le web et les réseaux sociaux ont totalement dérégulé le marché de l’information. Et ça se traduit par la multiplication des voix qui s’expriment, notamment celles des antivaccins. Et dans cet écosystème de l’information, les voix raisonnables, mesurées, équilibrées, pèsent souvent moins que les propos alarmistes.

Et cette "dérégulation du marché de l’information" favorise donc les anti vaccins ?  

Oui parce que cette minorité militante, très active, produit un nombre faramineux de contenus en ligne, et sa visibilité va bien au-delà de la réalité de ce qu’elle représente. Et parce que les antivaccins s’expriment plus que les provaccins, ils ont plus de chance d’être vus, et de convaincre les indécis, particulièrement s’ils s’informent via les réseaux sociaux. Ce qui est le cas d’une partie significative des Français aujourd’hui. 

À quoi s’ajoutent les algorithmes qui ont tendance à accélérer la visibilité de contenus toxiques.

Quelles sont ces communautés militantes anti-vaccins en ligne aujourd’hui ? 

On trouve essentiellement trois courants : 

  • ceux qui ont un agenda idéologique, et qui vont voir dans la défiance aux vaccins une occasion de taper sur le gouvernement ou de capitaliser sur les peurs - on peut d’ailleurs s’inquiéter d’une politisation de la question vaccinale, comme ça a pu l’être le cas aux États-Unis, avec le masque ou le confinement. 
  • Ensuite, on a les promoteurs habituels du complotisme 
  • et enfin, et c’est particulièrement alarmant, on a les adeptes des médecines alternatives ou de l’univers du bien être. 

Et bien sûr, ces trois courants peuvent évidemment se mélanger. 

Reste une certitude : les anti-vaccins ont encore de beaux jours devant eux. 

L'équipe
  • Tristan Mendès FranceEnseignant dans le domaine du numérique et collabore à l’Observatoire du conspirationnisme
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