Aujourd’hui, on se penche sur la question de l’efficacité de l’exclusion de profils complotistes des grandes plateformes sociales comme Twitter, Facebook ou Youtube.

Suspendre un compte Twitter ou Facebook est-il efficace contre le complotisme ?
Suspendre un compte Twitter ou Facebook est-il efficace contre le complotisme ? © Getty / Florian Gaertner/Photothek

C'est une vraie question, avec des arguments pour et des arguments contre. 

Pour ce qui est des arguments contre l'exclusion, on peut déjà dire que suspendre des individus des médias sociaux, ça ne les fait pas changer d'avis. Ça peut même les conforter dans leur opinion. D'autant qu'une personne exclue va probablement aller sur des plateformes alternatives encore plus radicales, où elle va se retrouver dans un environnement où elle sera d'ailleurs peu exposée à des arguments contradictoires. A quoi s'ajoute le fait que cette personne va amener avec elle une partie de ses abonnés vers des plateformes encore plus toxiques. Enfin, la migration vers des plateformes plus marginales rend plus difficile la surveillance et le suivi par notamment les forces de l'ordre.

Mais il y a quand même des bénéfices à exclure certains profils complotistes. 

L'exclusion a une conséquence directe : la personne visée ne peut plus pousser sa propagande sur la plateforme dont elle est exclue et ne bénéficie plus de la visibilité que lui permettent les grands médias sociaux. Ça réduit aussi sa capacité à recruter de nouveaux adeptes sur les plateformes populaires et enfin, ça limite la capacité de ce profil et sa communauté à harceler en meute leur cible sur ces mêmes grandes plateformes. 

Autre conséquence : l'individu exclu perd le capital d'audience qu'il a pu agréger parfois sur des années, souvent avec l'aide des algorithmes des grandes plateformes sociales qui ont permis le gonflement de son stock d'abonnés. 

Il y a beaucoup d'exemples : on peut citer, au Royaume-Uni, le cas du groupe d'extrême-droite complotiste Britain First, qui avait accumulé 2 millions d'abonnés sur sa page Facebook en 2018, avant d'être suspendu pour se retrouver aujourd'hui sur une plateforme marginale qu'on appelle Gab, prisée par les néonazis, avec à peine plus de 13 000 abonnés. 

Plus proches de nous, on a aussi le cas de Dieudonné, qui a perdu sa page Facebook en août dernier avec près de 1,2 million d'abonnés. Et il a tenté de reconstituer son stock sur le réseau Telegram, où il n'a plus que 15 000 abonnés, soit dans ces deux cas environ 100 fois moins d'audience. 

Mais plus intéressant encore, une étude américaine publiée en janvier dernier a montré une chute spectaculaire de 73% des fausses informations circulant sur les réseaux sociaux autour des fraudes électorales suite à la suspension du compte Twitter de Trump. Donc, ça marche. 

Alors on a souvent cette idée parfaitement honorable qu'il suffirait de combattre le complotisme avec des contre-arguments rationnels pour l'éteindre. Alors oui, c'est absolument nécessaire d'opposer la contradiction aux complotistes. Mais est-ce suffisant dans cet écosystème particulier que sont les réseaux sociaux ? On peut légitimement en douter. Et si la modération opérée par les grandes plateformes sociales pose évidemment de nombreuses questions, pour le moment, les avantages semblent l'emporter sur les inconvénients. 

L'équipe
  • Tristan Mendès FranceEnseignant dans le domaine du numérique et collabore à l’Observatoire du conspirationnisme
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