Ce matin, on revient sur les conséquences des différentes "purges opérées" par les grandes plateformes numériques après l’assaut du Capitole.

Retour sur les différentes « purges opérées » par les grandes plateformes numériques après l’assaut du Capitole. Ici image du compte twitter suspendu de Donald Trump
Retour sur les différentes « purges opérées » par les grandes plateformes numériques après l’assaut du Capitole. Ici image du compte twitter suspendu de Donald Trump © Getty / Stephan Schulz/picture alliance

On commence d’abord par faire le point en rappelant que Twitter, avant même de s’en prendre à Trump, avait enclenché la suspension d’environ 70 000 comptes de la mouvance complotiste d’extrême droite Qanon. Que de nombreuses autres plateformes ont également suivi le mouvement en bloquant Trump sur Facebook, YouTube ou même Snapchat. Ou que le réseau social "Parler", très populaire chez les militants pro Trump, a disparu après avoir été exclu d’Amazon qui l’hébergeait.  

On a donc aujourd’hui des millions d’internautes qui n’ont plus accès à leurs sources préférées d’information. Et des millions d’individus qui cherchent d’autres espaces en ligne pour militer.

Que deviennent-ils aujourd’hui ? 

On est en train d’assister à une grande migration. Une partie de ces militants semble basculer sur d’autres plateformes plus confidentielles. 

On a par exemple les services de messageries cryptées comme les applications Signal ou Telegram dont les téléchargements ont explosé ces derniers jours.

Mais ces militants migrent aussi vers des plateformes beaucoup plus toxiques, comme le réseau social d’extrême droite Gab, qui est très populaire chez les suprémacistes blancs ou les néo nazis, et qui a gagné 1,7 million d’utilisateurs en 4 jours. On peut rappeler que le terroriste qui avait tué onze personnes dans une synagogue de Pittsburgh en octobre 2018 était un utilisateur de Gab. 

Aujourd’hui c’est encore sur cette plateforme que semble se reconstruire une partie de la mouvance complotiste Qanon qui avait été virée de Twitter ou Facebook. 

Cette migration rencontre aussi une volonté plus ancienne de ces milieux extrémistes de se retrouver ailleurs que sur les plateformes grand public

Oui, c’est ce que les partisans de l’extrême droite américaine appellent "l’alt-tech" par opposition au "big-tech". L’idée c’est de trouver des alternatives aux grandes entreprises du net, et au final, de permettre l’avènement d’un internet alternatif, où enfin ils pourraient s’exprimer librement. 

Il faut rappeler que cette utopie de l’alt-tech s’est popularisée après la manifestation d’extrême droite de Charlottesville aux États-Unis, en 2017, qui avait entrainé la mort d’une militante antiraciste, et qui avait amené de nombreux opérateurs du Web comme Twitter, Google ou Facebook, à exclure, comme aujourd’hui, de nombreux comptes haineux et extrémistes.

Quelle est la situation aujourd’hui ? 

Une partie de ces militants va se retrouver sur des plateformes déjà utilisées par des individus radicalisés. On peut donc légitimement craindre qu’à leur contact, ces nouveaux arrivants se radicalisent eux-mêmes

Ensuite, ce dispersement, cet éclatement de l’audience, sur de nombreuses plateformes notamment cryptées, va évidemment compliquer le travail de veille et de pistage effectués par les forces de l’ordre, les milieux du renseignement ou de la recherche universitaire. 

Enfin, certaines de ces plateformes semblent être déjà aujourd’hui le support opérationnel d’extrémistes qui cherchent à commettre des violences autour l’inauguration de Biden. 

Autant dire un véritable test, grandeur nature, pour les autorités américaines.

L'équipe
  • Tristan Mendès FranceEnseignant dans le domaine du numérique et collabore à l’Observatoire du conspirationnisme
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