C'est un phénomène assez inédit : une demi-douzaine de listes constituées en quelques semaines à peine, essentiellement sur les réseaux sociaux, se présentaient.

Que dire du résultat des listes Covid-complotistes au premier tour des élections régionales ?
Que dire du résultat des listes Covid-complotistes au premier tour des élections régionales ? © Radio France / seksan Mongkhonkhamsao

Et avec très peu de moyens, elles ont réussi à présenter des centaines de candidats un peu partout en France. Alors on avait trois listes estampillées "Un Notre Monde", en PACA, en Pays de la Loire, en Bretagne, deux listes "Union Essentielle" en Auvergne-Rhône-Alpes et en Occitanie et une liste "France Démocratie Directe" en Île-de-France. 

Alors une présence significative, mais un flop électoral, parce qu’aucune de ces listes n’a dépassé les 1%.

Quel était leur programme ?

Ce n'est pas très clair. Pour l'essentiel, ces listes mettaient en avant l'idée de redonner le pouvoir aux citoyens. On a d'ailleurs parlé de "listes citoyennistes" et certaines de leur charte évoquaient des généralités autour de la démocratie, l'écologie ou la paix. De fait, pour un électeur de base, ce n'était pas évident de savoir s'il y avait derrière. Et c'était d'ailleurs peut-être le but recherché. 

Pour comprendre ce qu'il y avait derrière, il fallait remonter à l'origine de ce mouvement, et notamment ceux qui les ont inspirés. Alors, on a d'abord un dénommé Louis Foucher, qui est docteur, connu pour sa proximité avec la sphère covido-sceptique et qui était à la fois proche des "gilets jaunes" et de la Manif pour tous. Ensuite, on a le coach en bien-être Hayssam Hoballah qui, par exemple, pense que les vaccins anti-Covid sont du poison ou que la France est sous le contrôle de Soros et de la CIA. 

Mais d'autres indices permettaient de mieux cerner ces mouvements politiques

Oui, d'abord, l'empreinte numérique des têtes de liste sur les réseaux sociaux. Certaines étaient ouvertement anti-vaccins, anti-test PCR, anti-masque et ont partagé assez souvent, il faut le dire, des contenus complotistes. Mais fait notable, l'une des listes, France Démocratie directe, affichait sur son site une proposition sur la fin de la fraude du nom légal. Ça ne vous dira probablement rien, mais c'est un concept qui appartient à une mouvance complotiste particulièrement toxique que l'on appelle les "citoyens souverains" dont j'ai déjà parlé ici à ce micro il y a quelques semaines et qui pensent que l'Etat est une fiction et qu'il faut se couper de la société. 

Que conclure de l'irruption complotiste dans ces régionales ? 

Eh bien d'abord, que le militantisme de clavier peut se traduire dans le réel et dans les urnes. Mais ça révèle aussi que, malgré cette effervescence en ligne, ils n'ont pas réussi à convaincre beaucoup d'électeurs. En fait, leur visibilité est en ligne et ne correspond pas à la réalité de ce qu'ils représentent dans la société. Enfin, il y a peu de doute que c'était un ballon d'essai et qu'on retrouvera certainement ce type d'initiative complotiste aux prochaines échéances électorales.

L'équipe
  • Tristan Mendès FranceEnseignant dans le domaine du numérique et collabore à l’Observatoire du conspirationnisme
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