Anis vient d’emménager seul dans Alger et a lancé des grèves avec les étudiants de pharmacie. Par ailleurs, il écrit de la poésie. La samedi soir, il s'installe sur des balcons d'Alger avec des jeunes du quartier. Ça sent la pisse et l'iode du port. C'est la plus belle vue du monde.

Vue du balcon d'Anis à Alger
Vue du balcon d'Anis à Alger

LUI 

Anis vient de gagner une longue bataille : il a obtenu le droit de quitter le logement familial pour vivre seul et célibataire. Il dit qu’il a vécu ça comme un rite de passage : il a fallut travailler pour financer seul son projet et s’affranchir de ses parents. Surtout, il a fallut aller à l’encontre de ce qui se fait dans son milieu. Il dit qu’un jeune qui habite seul, commet un acte transgressif ‘il y a une morale très pesante en Algérie, tout ce qui est lié à une forme de liberté est mal vu, subversif.. quand tu es en Algérie, il faut suivre le chemin tracé, vivre chez ses parents et puis se marier selon la tradition’. Il dit que dans son pays, on n’encourage pas les jeunes à être autonomes, c’est tout l’inverse. Depuis son déménagement, Anis se sent enfin responsable et dit que depuis, il marche autrement, parle autrement et se tient différemment.

Alors qu’auparavant, il était à deux heures de route d’Alger, il vit enfin dans le centre, non loin de la fac de pharmacie. Les cours y ont repris après près d’une année de grève – il faisait partie des initiateurs du mouvement qui a gagné tout le pays pour protester contre la régression du niveau d’études et le manque de moyens.  Les étudiants n’ont pas obtenu grand-chose, mais ils se sont exprimés et Anis dit que c’est déjà ça. Il se souvient d’un tag dans les rues d’Alger qui l’avait marqué : ‘Si tu ne vis pas comme tu penses, tu vas commencer à penser comme tu vis’. 

L’autre espace d’expression d’Anis, c’est l’écriture. Il se souvient de ce professeur en primaire, qui pour punir ses élèves, leur demandait de recopier des pages entières de leur livre de lecture. Anis trouvait ça mécanique et idiot, alors il s’était amusé à inventer, changer l’histoire, la revisiter, pour dire : je ne suis pas un automate, je vaut mieux qu’un robot. Ça lui avait coûté double punition.

Anis a poursuivi l’écriture, il a gagné des prix de poésie et en ce moment, travaille à un roman sur quatre personnages dans un asile psychiatrique. Il voudrait raconter l’Algérie ambivalente, coincée entre tradition et modernité. 

Un autre lieu d’expression en Algérie, c’est le balcon. Un espace fondamental où les filles peuvent fumer et où lui, depuis toujours, peut avoir des conversations intimes à l’abri de ses parents.  Dans son nouvel appartement, Anis voit un bout de mer depuis son balcon. Il a le projet d’installer une go-pro et d’inviter régulièrement des jeunes à répondre à ses questions de société, devant la vue, et face caméra. Il veut ainsi donner la parole à tous ceux qui taisent leurs véritables identités. 

LE SAMEDI SOIR

Le samedi soir, Anis est parfois dans ces nouveaux lieux qui ouvrent dans la capitale. ‘Le sous marin’ est une galerie d’art où sont organisées des lectures. ‘Les ateliers sauvages’ est un autre espace où la liberté de ton est sacrée. Sinon, il sera peut-être sur un autre balcon avec vue sur Alger, la nuit.

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