Veronika est une jeune journaliste d'opposition en Biélorussie

Veranika
Veranika

ELLE

Veronika vit en studio avec une collection de plantes grasses, des cartes postales de Paris, une photo de mariage de ses parents. Elle a aussi des aimants de frigo (mais refuse d’ouvrir la porte pour me montrer ce qu’il y a dedans). Elle porte un pull de l’université d’Oxford où elle venait d’être invitée pour une formation. Mais surtout, Veronika a une chevelure rousse incroyable qui est assortie à celle de son chien. On lui dit toujours qu’elle ressemble au personnage Disney ‘Rebelle’ et ça ne lui déplaît pas.. elle est un peu rebelle aussi et vous allez voir comment.

Mais d’abord son histoire. Elle est née à Lida, une petite ville à la frontière avec la Lituanie, où elle a étudié dans un lycée francophone. Son père est ingénieur, sa mère institutrice. Elle définit sa famille comme ‘normale et intellectuelle’. Sa sœur travaille aujourd’hui dans les cosmétiques. 

Je lui demande ‘c’est quoi une enfance en Bielorussie’ ? Elle me répond qu’elle était enfant au lendemain de la chute de l’URSS. Il y avait donc très peu de produits : pas de chocolat, pas de jouets, elle se souvient des files pour la viande, le lait et autres. Il n’y avait pas non plus de beaux vêtements et elle se souvient de  sa mère qui allait à Vilnus, à la frontière, pour en acheter, notamment pour les grandes occasions. Elle habitait dans une ‘boite de béton’. Vers 1995, les choses se sont améliorées, mais la famille a fini par quitter la région pour emménager en ville.

C’était elle la première à faire le grand pas. A 16 ans, à l’issue de ses années au lycée français, elle est partie poursuivre ses études à la capitale. Elle a alors emménagé avec une amie et se souvient de la liberté ressentie en arrivant dans la grande ville. Jusque-là, elle n’avait pas trop de personnalité propre mais à partir de là, elle a construit ses opinions. Elle organisait notamment beaucoup de fêtes dans son appartement.

Son pire souvenir de cette époque, c’est ce jour où elle a pris un ascenseur qui est resté coincé puis qui a commencé à tomber. Elle ne les prend depuis plus jamais seule, même chez ses parents qui vivent aujourd’hui au 18e étage. 

Comme elle a fait des études gratuitement dans une université publique, elle a dû travailler pendant deux ans dans une société d’état pour rembourser sa dette. Elle a travaillé à la croix rouge biélorusse comme traductrice, ainsi que dans une ONG de protection de l’environnement. C’est là qu’elle a commencé à écrire sur la politique environnementale, et elle a décidé de devenir journaliste. Elle n’avait pas eu de formation, elle a trouvé une bourse de l’Union européenne et elle a pu faire un master en journalisme à Marseille.

Aujourd’hui elle est journaliste, et travaille pour un média de l’opposition qui existe depuis 2008. Elle dit que si on veut faire des émissions de cuisine ou de jardinage, c’est effectivement envisageable de travailler pour les télévisions d’état. « Mais si tu fais des news, tu dois choisir quel côté tu prends ». Je lui demande pourquoi elle a choisi l’opposition, elle me répond qu’elle est un peu anarchiste. Et que ce sont eux, les seuls à écouter les deux partis, à montrer tout ce qui se passe. Dans les médias gouvernementaux, il y a du montage pour ne pas raconter ce qui ne plait pas au gouvernement. Elle a toujours su le camp qu’elle choisirait, même si ses parents sont inquiets. Elle sait qu’au quotidien, il ne peut rien lui arriver, mais que si elle dérange trop, on peut prétexter un excès de vitesse pour la faire arrêter et l’empêcher de faire son travail. Il y a quelques temps, elle sait qu’elle a été mise sur écoute.. 

Quand on s’est parlé, les élections locales venaient d’avoir lieu, des journalistes des medias d’opposition avaient été arrêtés pour éviter qu’ils transmettent leurs informations depuis les circonscriptions de vote. Ces derniers mois, elle dit qu’il y a quand même plus de libertés.

Elle dit que les jeunes de Biélorussie, sont aujourd’hui très ouverts, la Biélorussie serait le pays pour lequel est livré le plus grand nombre de visas Schengen. Au début, quand elle quittait le pays, ses parents étaient surpris, eux n’avaient pas connu ça à son âge. Maintenant c’est la contagion, tous ses amis voyagent. Elle prévient à peine ses parents quand elle part quelques jours et du fait de cette liberté, ne regrette pas que son pays ne fasse pas partie de l’EU. 

Veronika n’a jamais connu qu’Alexandre Loukachenko a la tête de son pays, elle dit qu’il est responsable du manque démocratique, mais que la population biélorusse l’est aussi, puisqu’elle laisse faire.  Il y avait eu une tentative en 2017, mais après 2-3 mois, le nombre de gens dans les rues avait considérablement baissé et ça n’avait rien changé. 

LE SAMEDI SOIR

Le samedi soir, deux fois par mois environ, Veronika passe le week-end dans sa datcha, à la campagne. 

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