Bouchra vient de créer une application libre et gratuite pour informer les jeunes filles sur la santé reproductive au Tchad. Elle l'a imaginée pour toutes ses amies qui n'avaient jamais eu d'éducation sexuelle à l'école et étaient tombées enceintes trop jeunes. Le samedi soir, elle aime manger des glaces chez Amandine.

Bouchra à N'djamena au Tchad (jointe par Caroline Gillet via Skype)
Bouchra à N'djamena au Tchad (jointe par Caroline Gillet via Skype) © Radio France

ELLE

Bouchra a grandi à Djamena. Elle est voilée, joue au football et soutient le real Madrid. Enfant, elle aimait jouer à la poupée, et après les cours, allait à l’école coranique l’après-midi. Elle avait vu la série 24 heures chrono et rêvait plus tard, de devenir programmatrice comme Chloé O'Brian. A 18h, il y avait la prière du soir, puis elle passait du temps avec ses parents (son père était commandant de police), ses frères et sa sœur. Sa grand-mère était aussi parfois de passage du village. Elle aimait cette histoire que lui racontait sa grand-mère : alors qu’elle était jeune, avait vu un jour le pays plongé dans l’obscurité en pleine journée. On lui avait dit d’aller rendre visite à une vieille cousine. Mais à l’époque, il y avait des animaux sauvages, comme des lions. Elle tremblait de tout son corps, mais ne voulait pas passer pour peureuse, alors elle avait finalement été et avait dû sortir avec des lampes. Elle avait appris plus tard ce qu’étaient les éclipses solaires.

Sa sœur s’est mariée en 2003, puis a divorcé en 2010 pour pouvoir poursuivre ses études. Son mari s’y était opposé et le père de Bouchra l’avait soutenue dans ce choix de partir. Il est décédé quand Bouchra était en terminale, en 2010. ‘J’étais effondrée, j’avais une seule option, passer directement à l’âge adulte, prendre mon avenir en main’. Elle a décidé de poursuivre des études d’informatique à Abéché, à l’Est du pays. Ca a été difficile de se séparer de la famille, elle s’est dit ‘si je reste près d’eux, je ne peux pas les aider’. Elle est partie là-bas trois ans et en a profité pour visiter le village de sa grand-mère où elle a vu les cases, les ânes, les chevaux, les chameaux. Mais pas les lions.

Depuis quelques années, le Tchad est touché par les attentats de Boko Haram, Bouchra ne comprend pas les motivations de ce groupe de gens qui croient qu’en étant martyrs ils vont ‘avoir un bon CV avec Dieu’. Elle-même est voilée et très pratiquante. Mais quand, arrivée en 3e, elle a eu ses premiers cours de biologie, elle a regretté que la plupart de ses amies n’aient pas appris ce qu’elle découvrait sur la puberté. Beaucoup d’entre elles étaient tombées enceintes. Bouchra a décidé de mettre en place une application qui donne des explications sur la santé reproductive. Elle a reçu de l’aide et des financements pour ce projet qui devrait être prêt cet été. Mais la sexualité reste un sujet tabou, elle se fait souvent critiquer pour ce travail. ‘La religion n’autorise pas de parler de sexualité de façon publique, mais pour moi, l’urgence c’est de sensibiliser des jeunes qui sont de toute façon déjà actifs’. 

Sa musique préférée, c’est ‘My heart will go on’, de Céline Dion. Elle aime l’écouter quand son ‘prétendant est en voyage, loin d’elle’. Mais en fait, Bouchra dit qu’elle n’est pas difficile en musique, du moment que ça fasse rêver. Par contre, quand elle travaille, qu’elle fait du code informatique, plutôt que de la musique, elle préfère écouter le Coran.

LE SAMEDI SOIR

Bouchra adore Ndjamena, dit que c’est ‘ambiance totale’, tout le monde rêve de vivre là. Mais le climat est difficile, il fait 40 degrés entre février à juin. Les deux tiers du pays sont occupés par le désert, mais elle n’y est jamais allée. Je lui demande s’il y a beaucoup d’histoires qui circulent sur ce que c’est le Sahara.. Elle dit qu’on raconte qu’il y a beaucoup de vent, il ne faut pas s’endormir par terre ou laisser les enfants trop longtemps, sinon il faudra creuser pour les retrouver. Je lui demande si elle peut se rafraîchir quelque part, elle répond ‘Il y a des piscines, mais seulement dans les quelques grands hôtels. Les gens ne peuvent pas accéder au fleuve qui a été privatisé’.

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