Morena va au lycée à La Havane, le samedi soir elle sort boire et danser sur le malecon. Tout s'est arrêté il y a quelques mois. Elle observe les pénuries alimentaires et plus tard, voudrait se spécialiser dans le droit en lien avec les Etats totalitaires.

Morena (jointe par Skype)
Morena (jointe par Skype) © Radio France / Caroline Gillet

ELLE 

De mère française, Morena passait depuis toute petite les grandes vacances dans le pays de son père : Cuba. Puis quand elle a eu 14 ans, le marché de l’immobilier s’est ouvert, ses parents ont pu acheter là-bas l’appartement qu’ils ne pouvaient pas se permettre en France. Ils sont tous partis vivre à La Havane. 

Son père est musicien, il a grandi dans un village, avait fait la meilleure école de musique du pays et avait trouvé un contrat en France. Il avait rencontré la cousine d’une jeune femme du sud, passionnée de musique cubaine. Elle était devenue sa femme, ils avaient eu Morena. 

Ce qu'elle a remarqué en arrivant, c’est la proximité immédiate entre les gens qui ne se connaissent pas, la sécurité dans les rues, même tard le soir, pour une adolescente. Elle a aussi remarqué les carences alimentaires. On mange beaucoup de riz, des haricots et du poulet. Tout le reste coûte des prix démentiels par rapport aux salaires locaux. Quand elle rentre en France, Morena rapporte des t-shirts et des chewing-gums à ses amis. 

Elle rapporte aussi en France ses anecdotes de Cuba : son père a trois demi sœurs, parce qu’à Cuba les hommes et femmes se remarient souvent. « Par exemple ma grand mère à six sœurs et sept frères », dit-elle. « La grand-mère de mon père a eu trois ou quatre maris. C’est très ouvert, ils racontent tout. On ne sait pas qui est le père de l’une, elle en parle devant son mari, il ne dit rien ».

Et puis évidemment, elle a été surprise par l’absence d’internet. Elle a quand même réussi à m’envoyer des sons de la fête et du village.. On a validé aussi avec sa mère, ce dont elle avait le droit, ou pas, de parler.

Morena retourne régulièrement dans le village de sa grand-mère. Quand je lui demande une journée typique, elle répond : « A la campagne, je me lève tard, on mange du pain et de l’omelette, puis les hommes partent cultiver. Les femmes lavent les chaussures et les uniformes des enfants, trient le riz et font à manger. Moi je les aide pour laver et récupère les aliments du carnet de rationnement. L’après-midi, je vais sur le terrain de foot avec mes cousines. Le soir, on va dans un endroit où les gens dansent ».

Un soir, elle était en discothèque à La Havane avec des amis, quelqu’un a annoncé qu’on allait tout éteindre parce que Fidel Castro venait de mourir. Pendant 9 jours, pas de musique, pas d’alcool, c’était deuil national "et comme à Cuba on n’a pas internet, 9 jours sans musique et sans alcool ça semble long".

Plus tard, Morena voudrait faire des études de droit en France parce qu’à Cuba, les diplômes ne sont pas reconnus.. et surtout, elle voudrait se spécialiser dans l’étude des Etats totalitaires.

LE SAMEDI SOIR

Morena parlera des soirées au bord du malecon, la digue du centre de La Havane où on chante, on danse, on parle, on boit et on drague. 

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