Mohamed a fait le choix de rentrer en Guinée pour changer l’histoire de son pays. Il travaille à convaincre d’autres candidats à l’exil à renoncer à l’eldorado européen ou à revenir d’Europe.

LUI

Mohamed est né dans une famille polygame, son père avait 4 femmes et lui, 24 frères et sœurs. Il a grandi à Conakry, une ville presqu’île. « A 15 minutes de bateau, pirogue ou zodiac, il y a des îles fantastiques.. En Guinée, il y a de la montagne, la forêt, le désert, à part la neige, on a tout ! » 

Enfant, il a été atteint de la polio et traîne aujourd’hui encore une jambe plus courte que l'autre. Mais les souvenirs de jeunesse sont doux : il y avait les écoles privées, payées il ne sait pas comment, au prix de grands sacrifices par ses parents.

Il y avait les enseignements donnés le soir par les anciens : comme il y avait peu d’électricité, on racontait des anecdotes ou des proverbes pour justifier les interdits, pour apprendre la morale et l’obéissance aux aînés : tenir le plat commun dans lequel tout le monde mange, ne pas se jeter sur les meilleurs morceaux de viande et ne pas sortir le soir. 

Il y a aussi eu les enseignements tirés d’expériences marquantes. Quand je lui demande ce qu’enfant il rêvait de devenir, il me répond qu’il voulait être sa maman. Un jour, un professeur était venu voir sa mère pour lui expliquer qu’avec son infirmité, il fallait mettre une croix sur une carrière sportive. Sa mère l’avait giflé et lui avait répondu que son fils ferait de sa vie ce qu’il voudrait. Aujourd’hui encore, il se souvient de cette leçon de l’adolescence.

C’est elle, sa mère, qui a 18 ans l’a emmené par surprise se faire faire un visa pour rejoindre la France et poursuivre ses études. Elle lui avait dit simplement « Voilà ton cadeau pour le bac ». Il a travaillé dur pour payer ses études. Mais après 10 ans là-bas, a décidé de rentrer contre l’avis de sa mère. Il était alors en couple, le choix de rester permettait de plus belles opportunités pour ses enfants futurs, mais il ne se sentait pas utile. En Guinée, il avait l’impression qu’il pourrait faire bouger l’histoire. « En France, je peux faire ce que je veux, la probabilité est très très faible que je rentre dans l’histoire. Peut être que j’aurais été plus riche, mais mon existence n’aurait pas autant servi ».

Il travaille aujourd’hui pour l’Office international des migrations et tente de convaincre ses patriotes de travailler comme lui au développement du pays. Il leur parle des opportunités de travail dans les transports comme taxi moto, dans la construction pour ceux qui ont acquis des compétences à l’étranger ou dans l’agriculture, on dit de la Guinée Conakry que c’est « le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest ». Mais souvent, les jeunes ont peur de rentrer.. parce qu’ils ont volé de l’argent pour partir.. Il se souvient de ce jeune qui avait disparu depuis des années. Ses parents s’étaient résolus à accepter sa disparition, ils avaient organisé la cérémonie funèbre. Et puis un jour, le jeune a été rapatrié par charter. 

LE SAMEDI SOIR

Mohamed, le samedi soir, est sur la plage de Conakry. 

Il y a notamment des concerts et spectacles d'acrobates gratuits.

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