Min ne voulait pas travailler dans les arts comme son père, elle voulait faire médecine. Sa famille est de Séoul, sauf un grand-père qui venait de Corée du Nord et qui après conflit, n’a jamais pu rentrer chez lui. Il a toujours refusé les propositions de rechercher ses proches, qui au Nord, ont dû le penser mort.

Min Ha, jointe via Skype par Caroline Gillet
Min Ha, jointe via Skype par Caroline Gillet

Min est fille unique, son père est critique d’art. Quand elle avait sept ans, il terminait un doctorat à Londres. Ils sont tous partis vivre là-bas pendant trois ans.

Ça l’a beaucoup influencée, quand elle vivait en Europe, ils ont beaucoup visité de musées. Mais elle voulait son propre chemin : faire une école de médecine. Puis elle a rencontré un professeur de philo, ‘qui savait expliquer les choses’, alors elle a décidé de faire une prépa littéraire et est devenue curator freelance. ‘J’ai voulu m’égarer mais sans succès’.

Elle a appris le français un peu par hasard en voyant une offre d’admission au Lycée International Xavier de Séoul.. Elle est la seule de sa famille à parler cette langue.

Son grand-père maternel était Coréen du Nord. Pendant la guerre, il était avec son régiment en Corée du Sud ‘il est descendu, descendu’ et ensuite, n’a pas pu remonter parce que les frontières avaient été bloquées. Sa famille a dû penser qu’il était mort’. Il était seul en Corée du Sud et y a fait sa vie. Il a rencontré sa grand-mère à Séoul et est tombé tout de suite amoureux, même si elle était plus jeune.

Min fait partie de la génération qui n’a pas vécu directement la guerre. Et grâce à son grand-père, elle a moins peur des Coréens du Nord que certains de ses compatriotes. ‘Il y a eu beaucoup de propagande, on a entendu des histoires d’enlèvements’. Globalement ceci dit, ils sont très peu informés de la situation sur place, même si on en entend parler quotidiennement dans les infos. ‘Ça a une influence sur la politique, dès qu’il y a des mesures socialistes dans le pays, les opposants les accusent de communisme et disent ‘retournez en Corée du Nord’. Tout est toujours relié à ce conflit alors que parfois, ça n’a pas de rapport et ça empêche d’avancer’.

Min a toujours connu cette histoire de son grand-père. Ces dernières années, quand il y a eu des initiatives de réconciliation entre les familles séparées des deux Corée, la famille s’est demandé s’il fallait participer. Mais le grand-père de Min avait peur d’être déçu.. Cette dernière  estime que c’était de la sagesse de vouloir vivre dans le présent.

Mais elle connait finalement assez peu ce grand-père maternel car en Corée, traditionnellement, lors d’un mariage, la fille se sépare de sa famille pour intégrer celle de son mari. Il y a même une expression qui dit ‘on n’est plus de la famille’ maternelle. Les femmes avaient l’habitude avant de se consacrer pleinement à la vie de l’époux. Min connaissait donc beaucoup mieux son grand-père paternel.

Les choses évoluent pour les nouvelles générations : plus de filles travaillent et comme il y a beaucoup d’enfants uniques qui sont des filles, celles-ci sont poussées en avant par leurs parents et ensuite, même après le mariage, restent proches de ceux-ci.

LE SAMEDI SOIR

Elle sera chez elle, il sera déjà 3 heures du matin.

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