Ils sont plus connus sous le nom de "Colonnes de Buren" : les Deux Plateaux racontent ce dimanche la polémique qui a fait rage lors de leur création, dans les années 80.

Les colonnes de Buren ont été rénovées entre 2008 et 2010
Les colonnes de Buren ont été rénovées entre 2008 et 2010 © Maxppp / Christophe Morin

Vous les connaissez sûrement sous le nom des "Colonnes de Buren". Pourtant, cette installation créée dans la cour du Palais-Royal à Paris s'appelle "Les Deux Plateaux". Créée par Daniel Buren, artiste spécialisé dans les oeuvres "in situ", conçues spécifiquement pour leur lieu d'installation, cette colonnade aux rayures noir et blanc a donné lieu à l'un des premiers grands scandales français de l'art contemporain. Invités dimanche de Bav[art]dages, les Deux Plateaux confient leur version de l'histoire.

Les Deux Plateaux répondent à vos questions ! #BVDinter

Ha ha, accrochez-vous ! J’ai beau être simple au premier abord, la disposition de mes colonnes obéit à des règles bien strictes. Je comporte 260 colonnes (Daniel les appelle des "cylindres"), qui sont toutes situées dans l’alignement de la colonnade de la Galerie d’Orléans, celle qui traverse le Palais-Royal, et avec le même espacement, soit 3,19m. Mon nombre de cylindres est donc défini par l’architecture classique du bâtiment. Vous suivez ?

Pour leur hauteur, il faut faire la différence entre mes deux catégories de colonnes : celles qui sont ancrées dans le béton (la plupart, donc) ont une hauteur variable entre 8,7cm pour les plus basses (la largeur des fameuses bandes noires et blanches) et 62cm pour les plus hautes. Soit une différence de 53,7cm, ce qui correspond à une coudée royale, l’unité de mesure de base utilisée par les architectes égyptiens dans l’Antiquité.

Et ce n’est pas fini ! Les colonnes les plus grandes, celles qui prennent leur base au sous-sol, ont en réalité toute la même hauteur. Si elles ont l’air d’être de plus en plus hautes, c’est parce qu’elles mettent en relief la pente qu’il y a dans mon sous-sol. Vous l’avez ?

Si vous cherchez sur Internet, vous trouverez même certaines interprétations incas ou maçonniques de ma composition, mais nous allons peut-être un peu loin !

Vous savez, comme Daniel crée toujours ses oeuvres "in situ", pour le lieu où elles vont être exposées, il est bien conscient que quand une installation comme moi prend place dans un lieu public, elle va devenir partie intégrante de l’espace urbain. Je ne m’offusque pas, et Daniel non plus, quand des enfants m’escaladent ou que des gens s’assoient sur moi pour leur pique-nique, ça fait même partie de mon ADN !

Les bandes, c’est la signature de Daniel (son "outil visuel", comme il dit). Depuis le milieu des années 60, il réutilise ce motif de bandes de 8,7 cm de large, trouvé sur un tissu de store sur un marché alors qu’il cherchait le "degré zéro" de la peinture. Au départ, il peignait des zones blanches sur ces toiles déjà imprimées, puis il s’est mis à peindre les bandes en question. Ces bandes sont dans toutes ses réalisations, alors je ne coupe pas à la règle.

Le noir et le blanc, c’est tout simplement la couleur des matériaux utilisés pour me fabriquer. Je suis fait dans deux des marbres les plus nobles du monde : le marbre blanc de Carrare, déjà utilisé par Michel-Ange, et le marbre noir des Pyrénées.

Bonjour Elize, vous savez, même si l’installation de Daniel sur la fondation Vuitton et moi sommes en apparence très différente, nous avons une grande caractéristique en commun : notre côté décoratif. C’est quelque chose que Daniel assume parfaitement, nous sommes là "pour faire joli". Il regrette que les arts décoratifs soient passé d’un art noble il y a des siècles en arrière (pensez à la tapisserie) à un art négligé aujourd'hui, pour la simple raison que son but est avant tout de décorer.

Ma cousine et moi, nous sommes pareilles, nous transformons l’espace pour changer la perception (et parfois l’utilisation) que le public a du lieu.

Certainement pas ! Les rayures horizontales, ça donne l’air plus gros.

Exactement ce que je disais. Ca ne grossit pas quand elles sont verticales !

Dans cet épisode, la voix des Deux Plateaux était interprétée par le comédien Benjamin Plouvier, que vous retrouverez au théâtre Clavel à partir du 15 septembre 2016 dans la pièce "Que mon amour est éternel" de Régis Herbuveaux.

Dans les coulisses de l'enregistrement de Bav[art]dages
Dans les coulisses de l'enregistrement de Bav[art]dages © Radio France / C.H.
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