Meurtrier, voleur et poète… François Villon a frôlé le gibet à plusieurs reprises, c'était un vrai mauvais garçon... mais les vraiment mauvais garçons écrivent-ils de la poésie ? Explications avec Michel Zinc

En 1458, Charles d'Orléans organise à Blois un concours poétique : chaque participant doit composer un poème avec pour premier vers "Je meurs de soif auprès de la fontaine ".

Voici la proposition de François Villon :

Je meurs de soif auprès de la fontaine

Je meurs de soif auprès de la fontaine, Chaud comme feu, et tremble dent à dent ; En mon pays suis en terre lointaine ; Près d’un brasier frissonne tout ardent ; Nu comme un ver, vêtu en président, Je ris en pleurs et attends sans espoir ; Confort reprends en triste désespoir ; Je m’éjouis et n’ai plaisir aucun ; Puissant je suis sans force et sans pouvoir, Bien recueilli, débouté de chacun.

Rien ne m’est sûr que la chose incertaine ; Obscur, hors ce qui est tout évident ; Doute ne fais, hors en chose certaine ; Science tiens à soudain accident ; Je gagne tout et demeure perdant ; Au point du jour dis : « Dieu vous donne bon soir ! » Gisant sur le dos, j’ai grand peur de choir ; J’ai bien de quoi et si n’en ai pas un ; Echoite attends et d’homme ne suis hoir, Bien recueilli, débouté de chacun.

De rien n’ai soin, aussi mets toute ma peine D’acquérir biens et n’y suis prétendant ; Qui mieux me dit, c’est celui qui plus m’attteint, Et qui plus vrai, lors plus me va bourdant ; Mon ami est, qui me fait entendant D’un cygne blanc que c’est un corbeau noir ; Et qui me nuit, crois qu’il m’aide à pourvoir ; Bourde, verté, aujourd’hui m’est tout un ; Je retiens tout, rien ne sais concevoir, Bien recueilli, débouté de chacun.

Prince clément, or vous plaise savoir Que je comprends bien et n’ai ni sens ni savoir : Partial suis, à toutes lois commun, Que sais-je plus ? Quoi ? Les gages ravoir, Bien recueilli, débouté de chacun.

L'épitaphe Villon ( La ballade des pendus)

Frères humains qui après nous vivez, N'ayez les coeurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercis. Vous nous voyez ci attachés cinq, six : Quant à la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre. De notre mal personne ne s'en rie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Si frères vous clamons, pas n'en devez Avoir dédain, quoique fûmes occis Par justice. Toutefois vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ; Excusez-nous, puisque sommes transis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale foudre. Nous sommes morts, âme ne nous harie, Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés, Et le soleil desséchés et noircis ; Pies, corbeaux, nous ont les yeux cavés, Et arraché la barbe et les sourcils. Jamais nul temps nous ne sommes assis ; Puis çà, puis là, comme le vent varie, À son plaisir sans cesser nous charrie, Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre. Ne soyez donc de notre confrérie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : À lui n'ayons que faire ni que soudre. Hommes, ici n'a point de moquerie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Léo Ferré a chanté ce poème ; (ré)écoutez-le

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