Coup de projecteur sur l'un des écrivains les plus populaires de la littérature fantastique : Howard Phillips Lovecraft ! On parlera de ses publications, de ses obsessions, des tragédies personnelles qui ont fait de lui l'auteur qu'il est devenu, et on tentera de définir ce qu’est le style Lovecraft.

Je ne devrais pas le dire mais parfois, je me demande pourquoi j’écoute encore les matinales radio… C’est le premier truc que j’entends quand mon réveil sonne, c’est ce qui va donner le la de ma journée, et en général, c’est une litanie de mauvaises nouvelles, de catastrophes écologiques, économiques ou sanitaires sur lesquelles je n’ai strictement aucun pouvoir !

Grosso modo, chaque journée de ma vie d’adulte commence par une petite voix qui susurre à mon oreille : « C’est la merde, les gens souffrent, tu n’y peux rien et demain sera pire ! » Mais pourquoi je m’inflige ça au fond ? Et surtout, pourquoi j’y reviens ?

Un collègue de travail me balancerait le quart de ce que les JT nous balancent à chaque fois que je lui demanderais comment ça va, il terminerait assurément sa vie tout seul à une table de la cantine de Radio France !

Pourtant, sous prétexte de m’informer, j’accepte chaque matin de plonger ma tête dans le sceau à purin des vicissitudes du monde. Est-ce qu’il n’y aurait pas une sorte de fascination malsaine dans ce monde occidental hypra connecté à savoir qu’à chaque seconde, il y a sur cette terre des gens qui galèrent encore plus que soi ? Comme une manière de se rassurer sur son niveau de confort et de s’assurer que l’on ira jamais vérifier par soi-même ce qui se passe en dehors de sa caverne ! Fascinés que l’on est par la danse macabre des ombres sur le mur. Ce même goût du morbide qui nous fait ralentir en voiture quand un accident a eu lieu sur le bas côté… Guettant du coin de l’œil si la Mort n’est pas encore présente, contemplant son funeste ouvrage dans les tôles froissées et les chairs meurtries.

Est-ce qu’au fond, on ne serait pas des gros flippés ?

Selon une étude, la peur du déclassement arriverait en tête des peurs du peuple français. Est-ce que ce n’est pas cette fragilité, cette précarité permanente de sa propre existence que l’on cherche à conjurer en écoutant chaque jour la météo des menaces mondiales ?

Est-ce que dans cette paranoïa sans cesse alimentée, on ne se serait pas tous convaincus qu’il y aurait autour de nous, à une encablure de notre monde tangible, comme l’a si bien écrit l’écrivain Howard Phillips Lovecraft, un univers où nous ne sommes pas le centre du monde, une dimension qui ne nous voudrait pas du bien ?

Au regard des valeurs et des grands combats progressistes du XXIème siècle, il est difficile - pour ne pas dire impossible - d’affirmer qu’Howard Phillips Lovecraft était un type bien ! Misanthrope, xénophobe et pessimiste sur la nature humaine, cynique et irrémédiablement marqué par la maladie de ses proches, qu’elle soit physique ou mentale, cet écrivain américain né en 1890 qui n’a jamais connu de succès de son vivant, est pourtant devenu l’un des auteurs horrifiques les plus influents du XXème siècle ! 

Stephen King, Georges R. Martin, John Carpenter, Clive Barker, Guillermo Del Toro, Riad Sattouf ou encore Michel Houellebecq, nombreux sont ceux qui revendiquent avoir été profondément influencés par l’oeuvre de l’auteur de "Providence", la ville où il a vécu et repose aujourd’hui. 

Les invités :

  • Alex Nikolavitch : romancier, auteur d'une BD sur la vie de Lovecraft intitulée « Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les Ténèbres », parue aux éditions 21g et essayiste spécialiste de la pop culture.
  • Patrice Louinet : traducteur et spécialiste de l'oeuvre de Robert E. Howard, il a soutenu une thèse sur Howard l’année dernière et enseigne un module Fantasy à Science Po.
  • François Baranger : illustrateur et écrivain, il a récemment sorti le Tome 2 « des Montagnes hallucinées - illustré » de Lovecraft édité chez Bragelonne et son troisième roman « Tepuy » est paru aux éditions Critic.

L'équipe :

  • Céline Illa : réalisatrice
  • Jeanne Paravert : attachée de production.