Retour sur la création de "Xena la guerrière" ! Comment a-t-elle pu avoir un tel impact sur la communauté LGBT ? En quoi cette série a préfiguré les grands bouleversements du cinéma et du divertissement du XXIe siècle ? Et on parlera du parcours de Lucy Lawless, impératrice de la galaxie geek…

L'actrice Lucy Lawless interprète le personnage Xena dans la série "Xena la guerrière"
L'actrice Lucy Lawless interprète le personnage Xena dans la série "Xena la guerrière" © AFP / RICHARD ROBINSON / NEW ZEALAND HERALD

En 1995, à une époque où les séries ne font pas l'objet d'un culte tel qu'aujourd'hui, apparaît sur TF1 une série intitulée Hercule qui narre les aventures du fils de Zeus et de la mortelle Alcmène, tentant d'échapper aux manigances de la terrifiante Héra. Derrière cette iconoclaste relecture de la mythologie classique, se trouve un producteur, Sam Raimi, le réalisateur d'Evil Dead et de la première trilogie de Spider-Man.

C'est dans cette série qu'apparaît Xena, chef de guerre impitoyable campée par la charismatique Lucy Lawless. Impressionné par cette dernière et pressentant le potentiel du personnage, Raimi en association avec Rob Tapert et John Schulian décident de lancer un spin-off, une deuxième série basée sur Xena en parallèle d’Hercule

C’est le début d’une série qui en l’espace de six saisons va devenir un laboratoire d’idées bouillonnantes qui font d’elle une des séries les plus avant-gardistes de la fin du XXe siècle.

À l'antenne

Pour rendre à Xena ce qui est à Xena, avec nous en plateau :

  • Laurent Aknin, critique et historien du cinéma & télévision mais aussi "mythologue". Son dernier livre s'intitule "Ésotérisme et cinéma".
  • Nora Bouazzouni, journaliste et autrice, on vous doit notamment la série "Badass" sur YouTube, dont un épisode est dédié à Xena la guerrière.
  • Jimmy Godard Pico, membre de la communauté française de Xena (par téléphone)

Extraits de l'entretien ci-dessous

À quoi ressemblait le paysage des séries télé à l'époque d'"Hercule" ?

Laurent Aknin : La série Hercule, ça a fait un sacré bouleversement. C'est arrivé au moment où le peplum, en général, était complètement mort. Au cinéma, on était quelques années avant Gladiator, donc plus personne ne parlait d'antiquité, de jupettes, d'hommes bodybuildés. Et même l'héroïque fantaisie puisque Hercule, c'est plus proche l'héroïc-fantaisy que du peplum classique, c'est-à-dire tout ce qui était venu après Conan le Barbare, etc. Même si c'était un peu tombé aux oubliettes. 

Hercule, c'est presque du peplum et de l'heroic-fantaisy décadents - dans le bon sens du terme. 

La série est née de l'imagination de Sam Raimi, qui a été bercé comme un cinéphile fou (un peu comme Tarantino dans un autre genre) parce qu'il avait vu dans les années 1960 : les films italiens où tous se mélangeaient joyeusement ("Le choc des Titans", "Maciste contre Zorro"...) Sa vision de Hercule ressemblait un peu à ça : une série familiale, pour grand public, assez débridée, avec un humour assez lourdingue, avec un comédien pas très charismatique (Kevin Sorbo) mais très sympathique et très musclé. 

Cette série, très délirante dans ses scénarios, est supposée se passer en Grèce antique, mais c'est tourné en Nouvelle-Zélande et il y a aussi des Romains. Elle n'est pas du tout respectueuse, ni du genre, ni des canons. 

La trilogie Xena à l'intérieur d'"Hercule"

Laurent Aknin : Dans Hercule, Lucie Lawless a joué trois rôles différents. Et puis elle est revenue finalement dans un second rôle récurrent  : Xena la guerrière (épisodes 9, 12 et 13). Ces épisodes ont été particulièrement appréciés, d'où l'idée de faire un spin-off à partir de ce personnage. 

Frédérick Sigrist : Comme elle avait déjà joué plusieurs rôles dans Hercule, les producteurs étaient réticents à lui confier le rôle de Xena parce que, évidemment, les spectateurs allaient finir par se rendre compte qu'il n'y avait qu'une femme pour jouer tous les rôles.

Laurent Aknin : Il ne faut pas oublier qu'on voyait un épisode par semaine et qu'on avait parfois oublié le second rôle que l'on voyait dans un autre costume quelques temps avant. C'est depuis qu'on a cette manie de revoir toutes les séries en DVD qu'on peut faire ce type de repérage. Et ça ajoute au plaisir !

Xena, un personnage de série hors norme pour l'époque

Nora Bouazzouni : Xena, à la base, c'est une chef de guerre ultra féroce, sans foi ni loi. Une méchante. Elle a pillé des villages, tué des gens… C'est quelqu'un qui est dans un chemin vers la rédemption. Mais là où c'est plus subtil que ça, c'est que Xena le dit plusieurs fois au cours des six saisons : 

Il n'y a pas vraiment de bien ni de mal, il y a des nuances de gris. Il n'y a pas de "bons" choix, iI n'y a que "les moins pires".

La révolution Xena

Laurent Aknin : 

Le personnage de Xena a fait une révolution, parce que c'était justement la première fois qu'on voyait dans une série non seulement une femme dominante, mais deux [avec son acolyte, Gabrielle] et en plus qui ne sont pas cornaquées par un patron - comme les Drôles de dames qui avaient Charlie derrière, toujours à leur donner des ordres. Là, non, pas d'hommes.

Et quand il y a des hommes qui apparaissent, c'est l'élément comique ou ses amants.

Nora Bouazzouni : Xena est quand même la première et la première guerrière badass (elle arrive deux ans avant Buffy)

Fabienne Sintes (qui a regardé, mais qui n'aime pas) : On a deux filles qui sont super badass, qui tabassent les mecs à coups de bâton, qui voyagent seules, qui sont assez très libres, qui ne se coltinent pas le ménage les courses et le reste... Deux femmes qui font la guerre comme les hommes. Mais au fond, est-ce que c'est ça la vraie égalité, faire la guerre comme les hommes ? On peut en discuter. Et on a deux femmes qui refusent la domination masculine et à côté de ça, elles ont des tenues qui sont hyper sexualisées (elles se baladent en soutien gorge à peu près sous tous les climats...)" 

Le personnage de Gabrielle

Laurent Aknin : C'est la grande idée dans Xena : avoir mis Gabrielle, ce contrepoint de personnage, qui permet face à un héros/héroïne qui est quand même plus ou moins monolithique, d'avoir un personnage en constante évolution. […]

Au début, il fallait une comparse parce qu'un personnage tout seul, ça ne fonctionne pas. On ne peut pas mettre un homme parce que sinon, on retomberait dans le schéma classique. Donc, il fallait qu'il y ait un second rôle pour accompagner Xena. Et puis, on voit au fur à mesure de la première saison que quelque chose va se passer, une alchimie entre les deux comédiennes. Et puis les scénaristes ont travaillé ça. Dans la deuxième saison, il y a cet épisode (culte pour les amateurs), qui s'appelle "A Day in the Life" ("Un jour dans la vie") et qui est un petit peu hors norme parce qu'il n'a pas vraiment d'intrigue, c'est une sorte de chronique de la vie quotidienne de Xena et Gabrielle. 

C'était la première fois que - pas d'une manière explicite, mais juste à la limite de ce qu'on pouvait mettre dans une série dite familiale - on a montré un couple lesbien.

Xena, série LGBT

Nora Bouazzouni : Aujourd'hui, il y a plusieurs scénaristes de la série qui disent "Moi, j'écrivais cette série tout en sachant pertinemment que j'écrivais la série avec deux femmes qui s'aimaient d'un amour amoureux et pas seulement amical ou pas platonique, etc." Il y a aussi la surprise des fans qui, tout à coup, se sont emparés de cette histoire entre les deux personnages, cette histoire d'amitié profonde, de loyauté et de dévotion à la vie, à la mort, d'âmes-sœurs. Les scénaristes se sont dit "On va peut-être faire un peu du fan service aussi". 

Rappelons que Xena fait partie des toutes premières séries à avoir animé des débats sur Internet. Xena animait vraiment les forums et les gens qui faisaient la série allaient sur ces forums, discutaient  avec les fans ou bien simplement lisaient ce qu'ils avaient à dire.

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