Un chapeau, un fouet, une veste en cuir, Indiana Jones a tous les attributs d'un aventurier. Le personnage créé par George Lucas a pourtant influencé des générations d'archéologues en herbe... Aujourd'hui dans Blockbusters, on parle de l'archéologue et de l'aventurier, à travers les films réalisés par Steven Spielberg.

Plongée à travers les aventures d'Indiana Jones interprété par Harrison Ford. Ici dans "Le temple maudit" (1984) de Steven Spielberg
Plongée à travers les aventures d'Indiana Jones interprété par Harrison Ford. Ici dans "Le temple maudit" (1984) de Steven Spielberg © AFP / PARAMOUNT PICTURES / LUCASFILM / COLLECTION CHRISTOPHEL

Avant même de créer la célèbre saga Star Wars, George Lucas, inspiré par les serials de son enfance, ambitionne de raconter les aventures d’un archéologue qui partirait à la recherche de reliques aux pouvoirs surnaturels. Mais pour des contraintes d’emploi du temps, le projet est mis en pause. C’est plus tard, lors d’une conversation avec Steven Spielberg que ce dernier évoque son envie de réaliser un James Bond.  George Lucas a mieux : Indiana Jones !

Pour revenir sur l’archéologue le plus connu du cinéma, et le moins présent à l’université, en plateau avec nous :

  • Rozenn Colleter : archéoanthropologue à l'INRAP, chercheuse au CNRS, spécialiste des inégalités du passé 
  • Antoine Coursat : réalisateur de documentaires, notamment sur le cinéma et la pop culture, il va co-réaliser un documentaire pour Arte sur Indiana Jones et le genre des films d'aventure, intitulé "à la recherche de l'âge d'or perdu" 
  • Alexandre Poncet : journaliste pour Mad Movies et réalisateur de documentaires, il va sortir un Hors Série consacré à Indiana Jones.
  • Dedo : humoriste, son 2e spectacle « Killing Joke » est disponible sur sa  chaîne Youtube et il reprend la  tournée de rodage de son nouveau spectacle dès le mois de septembre.

D'où vient Indiana Jones ?

Alexandre Poncet : "C'est un personnage qui est inspiré des serials des années 1930. Les serials que George Lucas voyait dans son enfance dans les projections du matin, quand il était jeune. C'était des histoires d'aventure, avec plein d'action, de rebondissements et de suspense. À la fin de chaque épisode. Il y avait ce qu'on appelait un "cliffhanger" : le personnage principal était dans une position très difficile, par exemple accroché en haut d'une falaise ("cliff", falaise, "hanging", accroché). George Lucas avait envie de retrouver ce sens de la série B, quelque chose de très simple, de l'aventure à l'ancienne. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'il a situé Indiana Jones dans les années 30. "

Il était en train de travailler sur "Star Wars" et son esprit a un peu vagabondé, il a eu cette idée d'un archéologue qui partait en quête d'artefacts - surnaturels (c'était son petit twist). 

Puis il en a parlé à Philip Kaufman (réalisateur de "L'étoffe des héros"), et ensemble, ils ont discuté du projet et en ont posé les bases. Philip Kaufman a proposé L'Arche d'Alliance parce qu'un dentiste de Chicago était passionné de l'arche d'alliance et qu'il n'arrêtait pas de lui en parler. 

Indiana Jones, archéologue ou pilleur de tombes ?

Alexandre Poncet : 

Pour Indiana Jones, George Lucas et Philip Kaufman voulaient quelqu'un de très arrogant, un play boy, quelqu'un qui ne respecte pas forcément les règles de l'archéologie.

Il y a plein de détails dans le film, au niveau de la mise en scène, qui montrent qu'Indiana Jones est plus intéressé par la compétition, la fortune et la gloire qu'autre chose… 

Pendant tout le film, Indiana Jones parle de fortune et de gloire. C'est ça pour lui, l'archéologie, c'est trouver l'artefact rare avant les autres. 

Rozenn Colleter : "J'ai grandi avec Indiana Jones, ça a certainement fait partie de ma vocation d'archéologue. Aujourd'hui, l'archéologie est complètement différente. Là, on a plus une vision d'un explorateur, ça ressemble peut-être à l'archéologue Howard Carter qui a découvert la tombe de Toutânkhamon en Égypte… Quand le film est sorti, dans les années 1980, l'archéologie en France, c'était quelque chose d'encore un peu confidentiel. Peut-être que la saga Indiana Jones a participé au fait que la société ait envie de connaître son histoire, de se l'approprier…

Alexandre Poncet : "Le rapport d'Indiana Jones à l'archéologie évolue au fil des films. Dans le premier film, on sent bien que c'est vraiment un play boy et qu'il y a beaucoup de compétition. Je vais peut-être fâcher des gens mais le rapport le plus sain d'Indiana Jones à l'archéologie, c'est dans le 4 : on sent qu'il a un respect pour ce qu'il touche. Il y a d'ailleurs, dans le dialogue, le fait que ce n'est pas un pilleurs de tombes, alors que c'en est un au début... D'ailleurs à un moment, il a un réflexe de pilleurs de tombes, il ramasse quelque chose pour le garder et son fils lui tape la main  "Non, on n'est pas des pilleurs de tombes". 

D'ailleurs, le MacGuffin (ce qu'ils doivent trouver dans le 4e film), ce sont des extraterrestres. En fait, on comprend que ces extraterrestres sont des archéologues qui ont rassemblé le trésor de l'Eldorado mais que celui-ci n'est pas de l'or mais de la connaissance. Donc voilà, c'est assez intéressant la manière dont ça évolue au fil des films. Mais je pense que ça évolue aussi par rapport à la société

Indiana Jones ou le retour du film d'aventure

Antoine Coursat : "Indiana Jones va faire renaître le genre aventure, qui a fait les grandes heures d'Hollywood dans les années 1930 à 1950 et qui était complètement passé de mode. C'est un personnage qui rend vraiment hommage à des figures déjà existantes. [...] Là où Lucas et Spielberg sont très forts, c'est qu'ils ont une grande maîtrise de la pop culture. Ce sont des gens qui sont capables de synthétiser formidablement tout un tas de références, de piocher à droite, à gauche, etc. pour, au final, faire un film qui va en sublimer tout ça". 

Indiana Jones et la Bible

Clotilde Chamussy : "Le premier film, "Les aventuriers de l'Arche perdue", qui permet de comprendre comment Spielberg et Lucas utilisent l'archéologie comme prétexte pour parler d'autres sujets - surtout la Bible. Pour moi, avec un regard d'adulte, c'est un cours de catéchisme, véritablement".

Antoine Coursat : 

Indiana Jones, c'est vraiment un héros américain,  avec une dimension messianique 

C'est un gros dragueur, il est de mauvaise foi, il truande quand même beaucoup... Il n'est pas irréprochable. Je ne trouve pas que ce soit un personnage puritain. En revanche, il va porter certaines valeurs, une certaine image de ce qu'est le héros américain : il est cool, sympa, drôle, courageux, et malgré tous ses défauts on a envie de le suivre. Et il va, d'une manière ou une autre, avoir à un moment donné un petit coup de pouce de Dieu (d'où l'arche d'alliance et le Graal qui le "légitiment" en tant que héros)

Indiana Jones et James Bond

Alexandre Poncet : "Il faut savoir que Spielberg rêve de faire un James Bond depuis toujours, mais il ne peut pas car c'est une règle : pour réaliser un James Bond il faut être dans le Commonwealth. C'était une grande frustration - il a eu deux frustrations dans sa vie : 

  • Ne pas faire de James Bond. 
  • Ne pas faire de comédie musicale. 

Alors, il a un petit peu essuyé cette frustration avec le début de Indiana Jones et Le temple maudit, qui est un morceau musical de quatre minutes assez incroyable. Et aussi une introduction de James Bond : on voit Indiana Jones arriver en smoking dans un pays exotique. Voilà un pré générique totalement 'bondien'"

A noter qu'au final, avec Sean Connery dans le rôle du Pr Jones, James Bond est le père d'Indiana Jones...

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