L’histoire de cette série, ses créateurs… un casting porté par le nerveux Kiefer Sutherland ! En quoi cette série a marqué un tournant dans la manière dont on faisait et dont on regardait les séries ? En quoi elle a anticipé certaines évolutions du monde politique américain ? Et les polémiques qu'elle a suscité !

Le casting de la série "24 heures chrono" avec Kiefer Sutherland, alas Jack Bauer, dans le rôle titre (diffusée de 2001 à 2010)
Le casting de la série "24 heures chrono" avec Kiefer Sutherland, alas Jack Bauer, dans le rôle titre (diffusée de 2001 à 2010) © Twentieth Century Fox Film Corp.

On a tendance à l’oublier à l’heure des séries Netflix, OCS, et autres Amazon Prime… mais il n’y a pas si longtemps, 24 heures chrono était la série phare qu’il fallait avoir vu !

De 2001 à 2010, durant 9 saisons et un téléfilm, Jack Bauer, incarné par un Kiefer Sutherland habité, a parcouru Los Angeles en long en large et en travers pour sauver tout un tas de présidents des États-Unis, empêcher l’explosion de trois bombes atomiques sur quatre (oui, il peut pas être partout !), et éliminer 825 terroristes, qu’ils soient russes, chinois, arabes, ou bien même américain !

Privilégiant l’unité de temps et l’unité de lieu, durant 24 épisodes répartis sur 24 heures, le spectateur était transporté, chaque saison, dans une course haletante d’un homme seul tentant de sauver le monde à n’importe quel prix ! 24 heures chrono, c’était aussi et surtout l’image que les États-Unis avaient d’eux-mêmes au lendemain du 11 septembre

24 heures chrono est une série qui arrive en novembre 2001, on a donc la tentation de la qualifier de série post-11 septembre mais en réalité la production et le tournage ont commencé bien avant...

– Alexandre Letren

Jack Bauer, un héros sacrificiel

Jack Bauer est un héros sacrificiel, c'est le héros dont a besoin l'Amérique post-11 septembre. Il ne faut pas oublier que “bauer” en allemand veut dire “le pion”, donc c'est le pion de l'Etat, celui que va commettre toutes les exactions que va lui demander toute l'administration.

– Alexis Pichard

Et c'est quelqu'un qui ne va jamais trahir sa patrie. Même quand il est offert aux Chinois il offre de torture pendant des années et il ne craque jamais. Même s'il est sacrifié, offert aux ennemis, il ne trahira jamais la nation américaine. Quand il revient il a d'ailleurs une énorme barbe et le corps bardé de cicatrices, c'est une figure christique. Mais c'est aussi Atlas, celui qui porte le monde, et Sisyphe, celui qui sauve le monde encore et encore.

Mais aussi un héros sans foi ni loi

Il a une mission et rien ne se mettra au travers de son chemin. C'est un personnage assez classique, iconique, un héros traditionnel et en même temps tout à fait singulier. La question c'est : est-ce que c'est un homme de devoir ou pas ? Voire même, qu'est-ce que c'est qu'être un homme de devoir dans une démocratie, qui a comme grande force mais aussi comme grande vulnérabilité, le fait de devoir agir en respectant des lois. Face à des terroristes, à des menaces qui ne respectent rien... quelle est la réponse démocratique ? Il faut lutter contre, mais en respectant un cadre à peu près légal, ne pas tirer sur les gens sans raison, ne pas torturer... Et Jack Bauer passe d'un côté ou de l'autre de la frontière. Il assume qu'il faut parfois transgresser le protocole.

C'est quelque chose qui est bien documenté en philosophie morale : le conflit entre d'un côté une morale de la déontologie, de la règle et du respect des principes, et de l'autre côté une morale conséquentialiste ou de l'utilitarisme où l'action est bonne si elle va maximiser un résultat positif pour le plus grand nombre.

– Thibaut de Saint Maurice

La question de la torture dans “24 heures chrono”

La torture est un élément narratif : c'est elle qui déroule et déclenche le récit. Il n'y a pas de réponse ni d'avancement dans le récit sans torture, donc en tant que spectateur on veut que l'intrigue avance, que Jack Bauer déjoue les terroristes... La torture est acceptée pas le biais de la narration. Cela commence à évoluer à partir de la saison 6, car la série se retrouve sous dans une tourmente médiatique liées aux révélations des exactions commises par l'armée américaine dans la prison d'Abou Ghraib et à Guantánamo. Cela a progressivement changé la perception de la torture dans 24 heures chrono.

Toutefois 24 heures chrono tient un discours assez ambivalent au niveau de la torture : dès la saison 2 il y a des phases de torture qui ne fonctionne pas, Jack Bauer a beaucoup de mal à torturer, il y vient vraiment en dernier recours. Et durant la saison 7, la première qui a été produite après l'élection de Barack Obama : la série se met procès elle-même. Elle s'ouvre par le procès de la CTU (Counter Terrorism Unit) et incrimine Jack Bauer pour avoir torturé des suspects. Et on retrouve ce débat : est-ce que l'Amérique doit être déontologique ou utilitariste ? 

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