Veillée d'armes au studio 621, de minuit à 3h, juste avant la diffusion du premier épisode de l'ultime saison. L'occasion de revenir sur les saisons précédentes, de faire des pronostics, d'évoquer nos épisodes préférés… Bref, rendez-vous pour une belle conversation de geeks complètement décomplexée !

Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle avec le casting de "Game of Thrones"
Capture d'écran d'une vidéo promotionnelle avec le casting de "Game of Thrones" © HBO

- ATTENTION SPOILERS À L'ÉCOUTE (sur les sept saisons passées) -

France Inter a laissé les clés du studio 621 à une bande de geeks venus parler Game of Thrones,  pour passer le temps avant la diffusion du 1er épisode de l’ultime saison à 3h du matin (sur OCS) ! 3 heures de libre-antenne avec des critiques séries, des humoristes passionnés, des historiens, des philosophes, et des auditeurs ! Tous fans (sauf quelques trublions...) venus parler de leur passion pour GOT, de leurs théories les plus folles pour la saison 8, de ce qu’ils  craignent le plus de cette fin de série, de leur personnage préféré etc. 

Sur le plateau pour parler de ce phénomène mondial :

L'émission filmée est à retrouver juste ici

Extraits de la soirée 

  • le succès de la série

Bun Hay Mean : "Si Game of Thrones est aussi puissant, c'est qu'il est arrivé avec Internet, c'est la première fois qu'on pouvait télécharger des trucs…"  

  • la violence 

Thibaut de St-Maurice : "La première saison de GoT, en 2011, c'est aussi le surgissement dans nos télévisions et notre actualité d'Al Quaïda. Le premier épisode, il a fallu que je le regarde trois fois, parce que ma femme, à chaque fois qu'il y avait une tête coupée, disait "C'est terminé, on arrête, c'est trop violent". Est-ce que c'est du reflet ? Est-ce que c'est une façon, pour la fiction, de nous apprendre à supporter un réel extrêmement pénible ? D'un côté, dans chaque épisode, la série nous emmène dans Westeros avec des dragons, des Marcheurs blancs et des Dothrakis qui traversent les plaines à toute vitesse, donc on est dépaysés… et d'un autre côté, sur des choses tragiques mais aussi sur des traits d'humour ou sur des relations familiales, nous ramener au XXIe siècle. Ce dosage est assez formidable !"

Pierre Langlais : "L'accès de violence a été plus présent dans GoT, parce qu'on parlait de Oz ou des Sopranos, mais ces séries-là n'avaient pas encore franchi le palier populaire, c'était plus confidentiel - alors que GoT a clairement touché le tout-venant. La vague de violence et de sexe décomplexé a fait que les gens étaient un peu plus choqués.

Olivier Bénis : "Dans GoT, la violence n'était pas forcément choquante en soi, mais parce qu'elle touchait des personnages qu'on avait appris à aimer très vite. Les Soprano et Oz, c'était toujours des personnages un peu sombres, il y avait toujours un côté "bon, il est mort mais après tout, il le méritait un peu". Dans GoT, ça arrivait à des personnages qu'on adorait dès le premier épisode !"

  • les femmes, guerrières ou putains

Virginie Girod : "Ce que je trouve fascinant dans la série, ce n'est pas la violence, mais le sexe : il y en a partout, dans tous les épisodes ! Comme j'ai beaucoup travaillé sur les rapports sexuels et les rapports de force entre les hommes et les femmes dans l'histoire, c'est une série assez fascinante parce qu'ils sont inscrits dans la domination qui passe beaucoup par la sexualité".

Contrairement à ce que beaucoup disent, les femmes sont très puissantes par rapport à leur sexualité !

"Ce qui rend Cersei très forte, c'est sa capacité à devenir mère : elle défend le pouvoir pour ses enfants. D'ailleurs, si elle fait des enfants avec son frère, c'est parce qu'elle considère que c'est le seul à pouvoir lui donner des enfants d'un sang pur vu qu'elle méprise son mari [Robert Baratheon]. Daenerys est aussi un personnage très intéressant de ce côté là : très naïve au début, et petit à petit, c'est celle qui a la sexualité la plus libre, tant dans les livres que dans la série, où elle a des rapports lesbiens avec certaines de ses servantes mais aussi avec des hommes - et c'est un vrai pouvoir pour elle".

Ava Cahen : "C'est une série binaire sur la représentation du féminin : soit des amazones, soit des prostituées qui méritent le bordel. En tous cas, elles ont toutes subis des monstres - sauf les plus virilisées dans la série."

  • la bande originale

"Ramin Djawadi a une composition mélodique très travaillée, avec des thèmes, chaque personnage a un thème bien précis… mais ce sont les usages des séries télévisées en fait. Dans GoT, l'architecture musicale est extrêmement marquée. On a l'impression que ça  n'a jamais été fait avant - alors que si. Mais comme c'est une série extrêmement populaire, on pense que c'est une nouveauté".

  • la politique

Sven Ortoli : "GoT est très machiavélien. Le choix ne se fait pas, comme dans les romans d'heroic fantasy auxquels on était habitués, entre le mal et le bien, mais entre le mal extrême et le moindre mal. C'est ça que Martin a fait très intelligemment dans son livre".

Ned Stark et son fils meurent parce qu'ils sont bêtes, ils ne sont pas politiques

  • de la nécessité de s'émanciper

Thibaut de St-Maurice : "Les personnages qui vont s'imposer au fil des saisons comme étant les "nouveaux héros" sont des personnages qui n'étaient pas "faits pour". Arya Stark, par exemple, est destinée à être une lady - elle ne veut pas. Dans GoT, pour devenir un héros, il faut perdre une partie de son innocence mais surtout être capable de s’émanciper de sa famille, et finalement de se conquérir par-delà un héritage qui peut être lourd à porter et épanouir son propre projet d'existence pour ne plus être surdéterminé par sa famille. Je crois que ça aussi, ça parle beaucoup à notre époque. Les personnages auxquels on s'attache le plus (Arya, Tyrion, Sansa…) sont des personnages qui s'émancipent. Et Jaime Lannister, saison 7, est en train de s'émanciper lui aussi du poids d’être un Lannister".

  • quand les showrunners s'éloignent (trop ?) du roman

Frédérick Sigrist : 

Dans le livre, Sansa n'est jamais donnée au bâtard Bolton.

"Petyr Baelish la protège jusqu'au bout ; il est véritablement attaché à elle. Les scénaristes ont choisi d'envoyer Sansa Stark se faire violer ; dans le livre c'est une servante qui la remplace (celle qui est un peu la maîtresse de Ramsey). Cela n'envoie pas du tout le même signal scénaristique !"

"C'est le même choix que pour Lady Stoneheart : Catelyn Stark, dans le roman, est ressuscitée par le roi Raelhor, elle prend une part importante dans les romans et on ne la voit pas du tout dans la série. Dans une série télé, on s'éloigne souvent beaucoup du roman original".

  • le vrai vainqueur sera… le peuple ?

"Ce qu'on oublie, c'est que le sujet le plus intéressant de la série, c'est le rapport entre le peuple et ses élites. On le voit très bien dans la saison 5 avec le Grand moineau qui essaie de détruire ces élites à sa manière.

Game Of Thrones, ce n'est pas du tout l'histoire de "Qui va finir sur un trône", c'est l'histoire de "Comment ce pouvoir va se disloquer"

Et là, on a la résonance avec notre temps actuel, où on voit que le peuple commence à se lever contre les élites. Il y a deux personnages qui se battent clairement pour le peuple et le disent : Vaerys, et Mélisandre". Je suis quasiment persuadée que GoT raconte la genèse de la démocratie, quelle qu'elle soit".

Et aussi, pour en savoir plus sur GoT

🎧 ECOUTER | Inter is coming ! Charline Roux accompagnée de Charlotte Blum, journaliste série à OCS, convie des spécialistes pour analyser tout ce qui a fait le succès de cette saga

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Les épisodes précédents… résumés en 3 mn

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