Marvel Studio vient de lancer une nouvelle série sur Disney +, intitulée : “Falcon et Winter soldier”, c’est l’occasion pour Frédérick Sigrist de revenir sur l’héritage et la genèse de Captain America.

L’Amérique, c’est le symbole de la liberté et ce n'est pas moi qui le dit…

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C’est le générique du dessin animé Tom Sawyer, générique qui n’a vraisemblablement pas été écrit par un Amérindien. Toujours est-il que ce matin Mathilde, je voudrais vous parler de Captain America, ce super héros tiré des comics Marvel armé d’un bouclier, vêtu aux couleurs du drapeau américain. 

Un héros qui a été incarné sur grand écran par le beau Chris Evans pendant 10 ans et 11 films ! 

Chris Evans à ne pas confondre avec le musculeux Chris Hemsworth qui joue Thor et le non moins célèbre Chris Tian Clavier qui joue Jacouille… Captain America pour le peuple français, c’est une figure héroïque extrêmement difficile à appréhender, déjà parce que l’on a pas tout à fait le même rapport à la représentation nationale. 

En France, on s’identifie beaucoup plus à un petit gaulois moustachu et colérique, dopé à la potion magique qu’à un super héros bodybuildé, habillé dans un drapeau, baptisé Capitaine France. 

Capitaine France, ça fait tout de suite plus pseudo internet qui te parle du grand remplacement sur la page Twitter de Valeurs Actuelles !

De la même manière, le drapeau n’a pas la même sacralisation dans l’hexagone

Moi, à chaque fois que l’équipe de France gagne l’Euro ou la Coupe du monde, la seule question qui me taraude quand je vois les gens hurler de joie dans la rue, est : "Mais où est ce qu’ils ont trouvé tous ces drapeaux ?!". Parce que moi en 43 ans, je n’ai jamais vu un magasin vendre des drapeaux… C’est fascinant !

Captain America a été créé en 1940 par Joe Simon et Jack Kirby chez Timely comics, la maison d’édition ancêtre de Marvel pour être une figure patriotique censé sensibiliser la jeunesse américaine à ce qu’il se passait en Europe avec l’arrivée au pouvoir des nazis. 

Captain America a été aux comics ce que le Dictateur de Charlie Chaplin a été au cinéma

Joe Simon et Jack Kirby étant tous deux fils de juifs récemment émigrés aux Etats-Unis, on comprend à quel point le sujet les touchait de près. Rendez vous compte, un an avant que les Etats Unis entrent en guerre contre le régime hitlérien, Captain America était déjà en train de combattre les nazis dans les bandes dessinées des enfants. 

Ayons une pensée émue pour toutes et celles et ceux qui trouvent aujourd’hui que la politique n’a pas sa place dans les comics, historiquement parfois c’est carrément la politique qui crée des personnages de comics.

Captain America, contrairement à ce qu’on pourrait croire n’a pas été créé pour être le symbole d’un impérialisme américain mais pour être une sorte de bouclier idéologique à la montée des totalitarismes. La preuve, Steve Rogers, l’homme derrière le costume n’est pas un soldat, l’armée ne veut pas de lui. 

Steve Rogers est fils d’immigrés irlandais, un gamin de Brooklyn rachitique et malingre passionné d’art, victime de la grande dépression des années 30, qui a grandi dans la pauvreté avec un père alcoolique et une mère qui meurt de pneumonie. 

Néanmoins, malgré une biographie qui aurait plu aux frères Dardenne, Steve Rogers veut rendre service et faire ce qui est juste. 

Steve Rogers c’est Cosette qui aurait obtenu des super pouvoirs.

Mais c’est aussi un peu la vie qu’a eu Jack Kirby au début du 20ème siècle

Ce Super Sérum qui transforme un jeune pauvre en demi dieu, c’est la vision fantasmée qu’ont Joe Simon et Jack Kirby des Etats-Unis. Le super sérum pour eux, c’est cette Amérique de tous les possibles. Une Amérique dont on peut porter les couleurs avec fierté quand elle nous adopte. 

À cette époque, la guerre du Vietnam n’a pas encore eu lieu, le Watergate non plus, internet et les réseaux sociaux n’existent pas, on est très loin des années Reagan, Bush et autre Trump. On n’a pas encore tout à fait cette défiance face à ceux qui nous gouverne. 

Et d’ailleurs cette évolution des Etats Unis, leur création Captain America ne la connaitra pas non plus vu qu’il passera une bonne partie du XXe siècle en hibernation, coincé dans la glace. Quand on le décongèle à notre époque, outre qu’il ne faut absolument pas le recongeler sans quoi ça casse la chaîne du froid… Il a un choc et se rend compte qu’il porte le costume d’une Amérique qui n’existe pas.

C’est plus ou moins cette version que Marvel Studio a adapté au cinéma, mais voilà dernièrement, Captain America a pris sa retraite. 

Heureusement, même si les cinémas sont fermées, Disney continue de raconter les aventures des super héros Marvel via sa plateforme Disney +

Et après une première série WandaVision qui nous parlait du deuil et bien depuis 5 semaines, il y a une seconde série Falcon et Winter Soldier qui nous parle de deuil…celui de Steve Rogers et de ce qu’il incarnait.

Avant de disparaitre, Steve Rogers a confié son fameux bouclier à Sam Wilson, le faucon interprété par Anthony Mackie, qui en comics est le premier super héros afro-américain. 

Un héros noir qui lui n’a pas été congelé pendant 50 ans, il connait son pays et en a même vu les cotés les plus sombres.

Il sait que les américains ne se rallieront pas automatiquement derrière un Captain America de couleur donc il préfère rendre le bouclier dont il ne se sent pas digne.

Un syndrome de l’imposteur qu’une société inégalitaire n’a de cesse d’accentuer. Dans la série, le Faucon a beau avoir sauvé la moitié de l’univers aux cotés des Avengers, il a beau incarner la figure du black Cool avec lequel on peut faire un selfie, quand il s’agit d’avoir un prêt bancaire, c’est non. En dehors de son costume de super héros, le Faucon se fait contrôler par la police comme des milliers d’afro américains.

La série nous apprend qu’un autre super soldat tel que Steve Rogers a existé mais que le gouvernement a caché son existence. Le fait qu’il ait été noir n’est évidemment pas un hasard.

Cette nouvelle série, c’est aussi l’occasion d’adopter le point de vue des puissances étrangères sur l’ingérence et les conséquences des actes de ces super héros américains depuis plus de 10 ans. Terroristes ou révolutionnaires, super héros ou supremacistes, autant de questions que la série ose poser. 

Et on se rend compte que durant 23 films, on a vu les Etats-Unis tels que Steve Rogers les incarnait : l’arbre de vertus qui cachait une foret d’inégalités. 

Cette série nous montre enfin les Etats-Unis tels que les américains les plus pauvres et le reste du monde les voient

Certes production Disney oblige, tout rentrera surement dans l’ordre à la fin, le Faucon deviendra bien le nouveau Captain America, mais le temps du voyage, cette série aura eu le mérite de nous rappeler que l’Histoire comme ce monde Marvel cinématographique, est toujours écrit par les vainqueurs, pas forcément par les plus justes. 

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