Retour sur la portée philosophique de 1984, la vie de son auteur George Orwell, la création de la novlangue, de la double pensée, l'importance pour une dictature de réécrire l'Histoire… En quoi Orwell avait vu juste sur certaines de nos évolutions, et tort sur d'autres ?

Image tirée du film "1984" de Michael Anderson, réalisé en 1956 et inspiré par le roman éponyme de George Orwell.
Image tirée du film "1984" de Michael Anderson, réalisé en 1956 et inspiré par le roman éponyme de George Orwell. © AFP / Holiday Film Productions Ltd / Collection Christophe L.

En 2005, le magazine Time a classé 1984 dans sa liste des 100 meilleurs romans et nouvelles de langue anglaise de 1923 à nos jours. Un roman écrit par George Orwell, Eric Arthur Blair de son vrai nom, qui continue de fasciner tant il a su anticiper en 1949 certaines évolutions malheureuses ou non, de nos sociétés modernes.

Voulant dénoncer le totalitarisme des régimes stalinien et nazi, Orwell, en inventant la figure métaphorique de Big Brother a su mettre le doigt sur la menace que constitue l’espionnage systématique, la réduction de la liberté d’expression et la réécriture systématique du passé.

À l’ère d’Internet et des GAFAM, le roman 1984, même si il est devenu une uchronie plus qu’un roman d’anticipation, continue d’être tragiquement d'actualité !

Qui était George Orwell ?

Issu d’une famille bourgeoise anglaise, Orwell est né en Birmanie et a vécu de l’intérieur la hiérarchisation de la société dans les Indes britanniques. En ce sens, il est un pur produit de l’impérialisme britannique. Toutefois il a eu un cheminement vers une prise de conscience politique. Sa vision de l’exercice du pouvoir en Birmanie, par l’armée anglaise, a changé sa vision de la période coloniale et a motivé un changement total de mode de vie. Il est parti vivre à Paris sans un sous, avec ce besoin d’aller rencontrer les gens qui n’ont rien, dormir dehors. Il a tout de suite eu un œil de journaliste, de fin observateur, et a commencé par s'intéresser aux couches les plus défavorisées.

George Orwell a fait preuve de beaucoup de courage car peu de temps après avoir publié un premier pamphlet anti-stalinien La Ferme des animaux (en 1945), il a sorti un autre pamphlet tout aussi anti-stalinien : 1984 (en 1949). Orwell avait prévu une trilogie au départ. Le tome 1 n'a jamais vu le jour. La Ferme des animaux devait être le tome 2. Et 1984, qui devait s’appeler “Les Vivants et Les Morts”, devait être le dernier tome.

La réécriture du passé et de la liberté

C’est une obsession qu’a le régime et c’est quelque chose qui rend fou Winston Smith, le héros du roman. Il travaille au Ministère de la Vérité, dont le travail est de décider ce qu’est la vérité. Et c’est la doctrine sous-jacente du passé : le fantasme d’un totalitarisme qui va jusqu’à réécrire le passé. Le parti a une philosophie anti-réaliste, presque solipsiste, il n’y a pas de réalité en soi, la réalité n’existe que dans la tête des gens, donc changer la perception des faits, change la réalité.

Winston Smith, l'anti-héros

Le personnage de héros qui est un anti-héros et qui est en même temps un homme du commun, tiré de la masse, est un archétype qu’on retrouve dans tous les livres d’Orwell. Ce côté homme commun le rend si ennemi du Parti car c’est l’homme du sens commun. Il y a un potentiel de résistance dans le simple fait d’avoir du sens commun, ce qui est normalement la chose la plus partagée de tous. 

1984 est un chef d’œuvre de la littérature et notamment de la littérature de science-fiction. Orwell a beaucoup rendu hommage à d’autres récits de son époque : H.G. Wells, Jack London, Ievgueni Zamiatine…

–  Lloyd Chéry

“1984” fait-il écho à notre présent ?

La question de la novlangue s’est installé avec le numérique, l’appauvrissement du langage SMS, l’écriture inclusive… mais également Donald Trump qui gouverne à base de tweets.

Dans l’idée d’Orwell, 1984 n’était pas un roman d’anticipation mais une satire : c’est-à-dire prendre quelque chose de présent (le nazisme) et le pousser à l’extrême.

–  Isabelle Jarry

Il n'y a pas une once d'espoir dans ce livre, et en ce sens c'est assez réaliste car l'Histoire nous a montré que la réalité de la lutte contre des totalitarismes c'est cela.

–  Lloyd Chéry

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Les invités
  • Isabelle Jarryromancière et essayiste
  • Lloyd Chéryjournaliste culture, high-tech et gaming et spécialiste en science-fiction
  • Thibaut Girauddocteur en philosophie et vidéaste avec la chaîne youtube Monsieur Phi
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