Retour sur la création de la saga “Alien”, la créature terrifiante imaginée par H. R. Giger, l'icône féministe qu’est le personnage d'Ellen Ripley. Qu’est-ce qui a distingué ce film de la multitude des films d’extraterrestres ? Le hors-champ. Et l'évolution de cette saga, symptomatique du cinéma de SF hollywoodien.

Sigourney Weaver dans le rôle du lieutenant Ellen L. Ripley sur le tournage de "Alien, le huitième passager", le film de science-fiction et d'horreur de Ridley Scott, sorti en 1979.
Sigourney Weaver dans le rôle du lieutenant Ellen L. Ripley sur le tournage de "Alien, le huitième passager", le film de science-fiction et d'horreur de Ridley Scott, sorti en 1979. © AFP / Archives du 7eme Art / Photo12

En 1979, sort sur les écrans français un film qui révolutionnera autant le cinéma de science-fiction que le cinéma d’horreur, son nom : Alien, le huitième passager.

L’histoire de ce film est la suivante, dans le futur, le vaisseau commercial, le Nostromo, une sorte d’énorme tanker de l’espace, est sur le chemin du retour, ses soutes remplies de minerais qu’on imagine indispensable pour la terre du futur. Son équipage est uniquement composé d’ouvriers, des hommes et des femmes, des cols bleus qui attendent de rentrer chez eux une fois leur tâche effectuée. Pour des raisons inexpliquées, le vaisseau doit opérer un arrêt sur une planète inconnue. Lors d’un repérage sur cette dernière, une étrange créature saute au visage d’un membre de l’équipage ! 

“Alien”, qu'est ce que c'est ?

C'est l'histoire d'une menace extraterrestre dans un vaisseau spatial qui erre dans l'espace et dont l'équipage se réveille. On ne sait rien des protagonistes et c'est innovateur dans le cinéma de science-fiction. On est totalement immergé dans le genre SF, on découvre les personnages et en plus on va découvrir en même temps qu'eux ce qui va leur arriver. Et c'est quelque chose qui était totalement nouveau dans le genre !

C'est un film qui parvient à réunir le public de science-fiction et le public de l'horreur !

– Dedo

Avec Alien, il s'agit d' “home invasion” : l'invasion du domicile par une créature... et surtout une créature qu'on ne voit pas, car la caméra de Ridley Scott est toujours à côté de l'équipage, à côté des personnages, elle est prisonnière du vaisseau.

Jusqu'à présent les films et séries de SF étaient très positifs, très lumineux : Star Wars, Star Trek, Flash Gordon... centrés sur la conquête. Et Alien arrive avec tout l'inverse : le film parle d'intrusion... c'est le mouvement exactement opposé au “far west” spatial !

– Nicolas Martin

Sans le projet avorté “Dune” de Jodoroswky, “Alien” n'aurait peut-être jamais vu le jour

Initialement, il s'agit d'un scénario de Dan O'Bannon, qui travaillait sur Dune, le film avorté d'Alejandro Jodorowsky. Le film ne se fait pas finalement et alors que Dan O'Bannon avait déménagé en Europe pour le film, il est obligé de revenir aux États-Unis, sans le sou... et se retrouve contraint de fournir un scénario très rapidement pour se renflouer.

Le scénario de Dan O'Bannon est ensuite passé entre plusieurs mains, il a été refusé par beaucoup de personnes, jusqu'à arriver jusqu'à Ridley Scott. Celui-ci s'est investi corps et âme dans ce projet, il a storybordé entièrement le film pour convaincre les studios de production (la 20th Century Fox) qu'il en avait les épaules. Et le président de la Fox a été tellement abasourdi qu'il a décidé de doubler le budget de production du film !

Il faut également mentionner l'importance de la rencontre entre le réalisateur Ridley Scott et H. R. Giger, un artiste suisse, qui a vraiment permis à l'univers de prendre chair, qui l'a rendu organique et sexuel.

– Nicolas Martin

Dans “Alien”, le héros ne devait pas être une héroïne

En effet, le rôle principal est destiné à un homme, puis il passe progressivement à une femme. Et cela se ressent dans le film : il est très centré sur les hommes au départ, jusqu'à ce qu'eux-mêmes abandonnent leurs pouvoirs car ils se retrouvent inefficaces face à la bête et laissent tomber. Et on passe progressivement à une héroïne accidentelle, qui va prendre de la place et de la force !

Sigourney Weaver a vraiment initié le fait qu'une franchise puisse tenir sur les épaules d'une héroïne.

– Célia Sauvage

La plus grande réussite de cette saga de film c'est le personnage d'Ellen Ripley. À travers son personnage, on peut suivre l'évolution du féminisme vu par Hollywood...

– Célia Sauvage

Mais il y a également une véritable dimension politique dans la saga Alien : les personnages principaux sont des ouvriers, des petites mains, de la chair à canon... C'est la revanche des prolétaires de l'espace contre une grande compagnie qui pense que leur vie ne vaut rien.

[ + ] pour aller plus loin

Les invités
  • Célia Sauvagedocteure en en études cinématographiques et audiovisuelles, chargée d'enseignement à Paris III Sorbonne Nouvelle
  • Nicolas Martinjournaliste, producteur de l'émission "La Méthode scientifique" à France Culture
  • Dedoauteur, comédien, humoriste et co-créateur de l'émission "L'Histoire racontée par des Chaussettes" sur youtube
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