“Kaamelott” : son casting incroyable, la personnalité de génie touche-à-tout d'Alexandre Astier, son perfectionnisme, l'aspect historique de la série... Mais aussi la communauté des fans de “Kaamelott”. Et comment ce programme court a évolué au fil des saisons pour devenir un feuilleton, en passe de devenir un film ?

Casting de la série "Kaamelott", créée par Alexandre Astier, diffusée de 2005 à 2009 sur M6.
Casting de la série "Kaamelott", créée par Alexandre Astier, diffusée de 2005 à 2009 sur M6. © Production CALT / Alexandre Astier

En janvier 2005, apparaît sur les écrans d’M6 un programme court censé prendre la relève de Caméra Café... Ce programme s’appelle Kaamelott ! Écrit par Alexandre Astier, Alain Kappauf et Jean-Yves Robin, Kaamelott – qui reprend la légende arthurienne si cette dernière avait été écrite par Audiard... – devient très vite un programme à succès, à qui désormais une communauté de fans extrêmement fidèles voue un culte ! Que cela soient les expressions brut de décoffrage de Léodagan, les colères homériques d’Arthur ou les aphorismes du lunaire Perceval, la qualité des dialogues et les situations présentées dans la série l’ont fait entrer au Panthéon des plus grandes comédies à la française ! Au même titre qu’un Rabbi Jacob ou que Le Dîner de cons ! Retour sur cette incroyable aventure télévisuelle... Et n'oubliez pas :

Le gras c'est la vie !

Kaamelott commence par un court-métrage, Dies iræ, en 2003, qui est consacré à la légende arthurienne avec des chevaliers qui cherchent le Graal mais n'y arrivent pas. Le court-métrage connaît un grand succès dans les festivals et rafle plusieurs prix : prix du jury, prix du public... Il est ainsi repéré par une société de production télé : CALT, qui produisait Caméra Café et qui cherche un remplaçant pour la case de 20h30 sur M6.

A l'époque Kaamelott correspond à ce même principe : des pastilles courtes, que l'on peut regarder quand on a le temps. Par la suite, Alexandre Astier décide de pousser les murs du format : on passe d'épisodes de 3 minutes 30, à 7 min, puis 40. Dès le début la narration est centrée sur la description des personnages, puis cela devient plus feuilletonnant et on raconte une histoire.

Alexandre Astier a créé Kaamelott comme quelque chose qui devait prendre plus de place que des épisodes courts.

– Mathieu Gillet

Toutes les grandes comédies qui sont devenues des classiques portaient en elles du drama, une écriture très précise et des thème très forts, comme La Septième Compagnie.

Musicalité et importance des dialogues

Quand on est français et qu'on a grandi avec La Cité de la Peur, Mission Cléopâtre, La Septième Compagnie, Le Dîner de cons, Rabbi Jacob, il y a quelque chose dans le langage, dans la rythmique, dans la musicalité des dialogues qui fait que ça cartonne. Tout cela fonctionne au rythme. Kaamelott c'est la même chose, sauf qu'ils ont des armures.

Pour moi Kaamelott c'est une émission de radio. Kaamelott ça s'écoute. On peut passer seulement les dialogues, on ne perd rien.

– Thomas Hercouët

La musicalité est essentielle pour l'écriture de Kaamelott. Alexandre Astier voit lui-même les acteurs comme des instruments de musique et tout comme on n'écrit pas la même partition pour un violon ou pour une contrebasse, il écrivait ses personnages pour des comédiens qu'il connaissait : en fonction de leur style de jeu, de leur rythme de langage... Il faut qu'il ait l'acteur en tête, pour connaître son rythme et adapter son écriture.

Arthur, un héros à la française

Le Roi Arthur, tel qu'il est vu et présenté par Alexandre Astier dans sa série Kaamelott, répond vraiment au héros à la française. Alors que les États-Unis ont besoin de héros à la mâchoire carrée, en France on aime les gens un petit peu moins bons que la moyenne. Et Kaamelott a toute une galerie de personnages qui n'est que cela, où les défauts sont poussés au pinacle. Tous les personnages ont vraiment un côté « con » sauf Arthur.

On s'identifie beaucoup à Arthur car en tant que Français, on a envie de se dire qu'on est meilleur que les autres, qu'on est entouré d'une bande de cons, qui sont tous gentils et adorables mais un peu teubés !

– Thomas Hercouët

A mi-chemin entre Audiard et de Funès

Il y a beaucoup d'Audiard dans les dialogues de Kaamelott. La série a certes cristallisé un goût pour l'heroic fantasy, mais les meilleurs moments de Kaamelott peuvent être totalement détachés de cela. La quête du Graal n'est qu'un prétexte et l'une des grandes forces de Kaamelott c'est que les répliques fonctionnent de manière complètement décontextualisée. Alexandre Astier a déjà affirmé qu'il aurait pu écrire les mêmes situations chez EDF ou dans un conseil d'administration...

Quand on voit Astier jouer Arthur, il y a également beaucoup de gestuelles à la Louis de Funès : dans l'énervement, dans la manière de parler, dans ses coups de sang contre les autres... Kaamelott est même dédié à Louis de Funès, c'est quelque chose qui est totalement assumé.

La réception des dernières saisons

A partir du Livre V, Alexandre Astier a opéré un changement de ton qui n’a pas plu à tous les fans... Avec une écriture plus dramatique, plus cinématographique, plus complexe. C'est quelque chose qui est récurrent quand une œuvre prend beaucoup d'ampleur auprès des fans, au bout d’un moment le créateur est dépossédé de son œuvre...

Qui sont les héritiers de Kaamelott

Demi-frère d'Alexandre Astier, Simon Astier a créé la série Hero Corp. Mais indépendamment de cela on retrouve la formule de Kaamelott sur Internet aujourd'hui : Le Visiteur du Futur, les productions de Golden Moustache de Julien Josselin, Valentin Vincent, Florent Bernard... ce sont des gens qui ont baigné dans Kaamelott et qui en font un héritage. Il y a ce même goût pour la musicalité, pour les vannes, cette même rythmique... y compris dans ce que fait quelqu'un comme Freddy Gladieux aujourd'hui. Ce n'est pas forcément une inspiration consciente, car il n'y a plus le côté héroic-fantasy mais l'humour aujourd'hui a été façonné par Kaamelott (et Les Robins des Bois, Les Nuls...).

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Les invités
  • Justine Bretondocteure en littérature médiévale, spécialiste de fantasy et de médiévalisme
  • Thomas Hercouëtcommunity manager pour le site "Topito" et créateur de "La Nuit Originale"
  • Mathieu Gilletadministrateur du fansite "On En A Gros !"
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